Séance de DIMANCHE 18/02/2024 à Servel

Les curieux événements qui font le sujet de cette chronique se sont produits en 2024, à Servel, bourgade du grand Lannion. De l’avis général, ils n’y étaient pas à leur place, sortant un peu de l’ordinaire. À première vue, Lannion n’est, en effet, rien de plus qu’une sous-préfecture française de la côte bretonne. Mais on y joue, et, figurez-vous, même le dimanche. Un jour peu ordinaire pour les hommes, ils dorment, mais habituel pour les Dieux, on les vénère. Le jour était ainsi merveilleusement choisi pour continuer un Sleeping gods de longue haleine. Dimanche est jour de chasse, aussi, et La bête ne fut pas en reste. Elle fit son œuvre, plusieurs des villageois ayant reçu nuitamment le télégramme tragique : « Mère décédée. Enterrement demain. Sentiments distingués. ». La chute de la mère, genèse de la vie, hantait les lieux : Bios: Genesis était évidemment de la partie, La Famiglia, au sens large, aussi, dont la mitraille répondait aux crépitements de Bolt Action, déployé en majesté dans la grande salle. Plus tard, la paix incertaine de Pax Pamir avait un parfum étranger de guerre froide. Nous étions aux temps de la grande guerre. Ou peut-être hier, je ne sais pas.  La guerre ne veut rien dire. C’était peut-être hier.

Dans une autre salle, on entendait The Gallerist : Puis-je, monsieur, vous proposer mes services, sans risquer d’être importun ? Je crains que vous ne sachiez vous faire entendre de l’estimable gorille qui préside aux destinées de cet établissement. Il ne parle, en effet, que le hollandais. Affaire étrangère et étrange affaire, il n’y avait dans l’établissement que des crêpes (succulentes), des cookies (moelleux) et un fondant (parfait) pour attirer fieffés coquins et petites pestes. Mais ce que cette foule en joie ignorait, et qu’on peut lire dans les livres, c’est que le bacille ludopathe ne meurt ni ne disparaît jamais, qu’il peut rester des jours endormi dans les armoires, qu’il attend patiemment dans les chambres, les caves, les malles, les mouchoirs et les paperasses, et que, mardi ou vendredi, le jour viendrait où, pour le malheur et l’enseignement des hommes, il réveillerait ses cubes et enverrait mourir ses tuiles dans la cité heureuse de Servel, où l’on donnerait une grande Fiesta de los muertos.

Séance de VENDREDI 16/02/2024 à Servel

Le 16 février 1899, à l’Élysée, le président de la République meurt dans les bras d’une admiratrice. La victime, Félix Faure, est un bel homme de 58 ans avec une fine moustache façon de Guy de Maupassant. La rumeur croit d’abord que sa compagne des derniers instants est Cécile Sorel, actrice célèbre du moment. On saura dix ans après qu’il s’agissait d’une demi-mondaine plantureuse d’à peine trente ans, Marguerite Steinheil. Appartenant à une célèbre dynastie industrielle de l’Est, les Japy-Peugeot, elle était l’épouse d’un peintre en vogue, qui, en récompense des services particuliers de sa femme, avait reçu quelques commandes officielles grassement rémunérées. Ses œuvres ornent encore aujourd’hui les murs de palais de la République.

Très vite, les initiés chuchotent que le président aurait succombé à un excès de zèle. Avant de recevoir ses amies, Félix Faure avait coutume d’absorber une dragée Yse à base de phosphure de zinc, médicament ayant la vertu d’exciter les virilités défaillantes, mais aussi pour effet de bloquer la circulation rénale. Le jour dit, comme le président attendait la dame, il avait demandé à l’huissier de sonner deux coups à son arrivée. Les deux coups sonnent, il avale en hâte une dragée, mais l’huissier a fait une erreur. C’est le cardinal Richard, archevêque de Paris, qui entre dans le bureau élyséen. Et après lui, le prince Albert 1er de Monaco, venu plaider la cause du capitaine Dreyfus, ce qui met en fureur le président. Quand enfin l’huissier sonne pour de bon les deux coups, le président congédie son visiteur, gagnant le salon bleu réservé à ses « audiences très particulières », et a le temps d’avaler une deuxième dragée, qui lui sera fatale… Survolté par l’entretien orageux avec le prince, par la prise médicamenteuse, et l’impatience d’honorer sa compagne, Félix Faure succombe sur le canapé.

Georges Clemenceau ne sera pas en reste de bons mots. « Il a voulu vivre César, il est mort Pompée », dit-il du président en guise d’oraison funèbre, ajoutant aussi : « Félix Faure est retourné au néant, il a dû se sentir chez lui ».

La mort de Félix Faure vue par L'Illustration (1899)

125 ans plus tard, aucun test médicamenteux n’avait pu être pratiqué sur les participants d’une séance de Parties Civiles.

Table 1, dite « Sacrificielle » : à cette table, les cartes sont de sortie pour Le Trône de fer B’Twixt. On revisite la célèbre saga, et François-René (16) l’emporte, suivi d’Élie, 13, Armand, 7 et Jack, non classé. Rappelons aux apprentis chimistes la richesse de l’alliance du fer et du zinc, une couche de zinc et de fer déposée s’oxydant à la place du métal qu’il protège, empêchant sa dégradation par la corrosion. Le dépôt de zinc et de fer étant très réducteur, il est qualifié de sacrificiel. Ils s’essaient ensuite à Sea Salt & Paper, un jeu de collection du duo Bruno Cathala et Théo Rivière à base d’origamis. Armand, 32, mate Élie, 26, et François-René, 15.

Table 2, dite « Audiences particulières » : l’équipage composé de Marc, François, Dom et Marco repart à l’aventure de Sleeping Gods, sur la base de la sauvegarde faite mardi, et se lance réellement dans l’aventure, sortant notamment victorieux d’un mythique combat de monstres, et réussissant quelques quêtes mémorables à coup d’audiences très particulières, qu’on ne dévoilera pas ici. La sauvegarde a été faite juste avant un basculement de phase, et il flotte un parfum de reviens-y pour découvrir ce qui se passe alors.

farshore boîteTable 3, dite « Espace détente » : On plonge dans un tout nouveau jeu indépendant, amis pas totalement inconnu car se déroulant dans le monde enchanté d’Everdell, et reprenant les mécaniques de son ainé. Farshore invite à naviguer le plus loin possible dans la baie en réalisant de nouveaux objectifs de déploiement au fil des saisons. Comme toutes vacances estivales, le jeu demande des efforts de planification pour en sortir victorieux, et c’est Mickaël qui enfile le costume du meilleur travel planner, sous les yeux de Thomas, Fred et Olivier B.

Table 4, dite « Circulation fluide » : à QE, le mécanisme original d’enchères sans limites expérimenté à 4 ou 5 change de nature à trois joueurs, la circulation fiduciaire étant plus fluide et moins débridée. Pour une fois, Thomas s’en sort, et sans flamber, aux dépends de François-René et Mickaël. Un Mot malin permet ensuite de rééquilibrer leur programme de mathématiques par une composition française.

Table 5, dite « Relation suivie » : la fine équipe de Batman entame une nouvelle campagne à ISS Vanguard mais il y a un hic, car on n’y joue qu’à 4. C’est Xel qui tient la chandelle de cette partie découverte, un rôle pas si désagréable pour terminer la semaine sans se prendre trop le chou.

Séance de VENDREDI 09/02/2024 à Servel

Victime de la canicule de 2003, le plus vieux chêne de Versailles était debout depuis 324 ans. Mais, en ce 9 février 2005, l’arbre favori de Marie-Antoinette va tomber. Il est environ 12 h 30, lorsque le mât, lourd de 60 tonnes, est abattu dans un sinistre craquement, suivi d’un impressionnant fracas. Il n’a fallu que quelques minutes à deux puissants tracteurs pour le mettre à terre.

Le chêne de Marie Antoinette - 2/2 | Planté en 1681, haut de… | FlickrLe géant de 35 mètres de haut et de 5,5 mètres de circonférence était le doyen des arbres du domaine. Il avait échappé à la transformation du parc voulue par Louis XVI en 1776, et survécu à la tempête de 1999, qui avait pourtant emporté dix mille arbres du parc. Pour lutter contre la sécheresse, en 2003, il avait puisé dans ses réserves et limité son feuillage. Très exposé aux rayons du soleil, à bout de souffle après ce dernier effort de printemps, il n’a pas pu survivre à l’été.

En 1783, un officier des gardes de la reine avait demandé à l’horloger Breguet de créer pour la reine Marie-Antoinette la montre de poche la plus sophistiquée qui soit, à l’aide des matériaux les plus précieux. Il faudra quarante-quatre ans pour terminer cette pièce extraordinairement complexe que ni la reine, ni même l’horloger, ne verront achevée. Volée en avril 1983, la Breguet n° 160 « Marie-Antoinette » a été retrouvée en 2007 et a repris sa place au musée Mayer de Jérusalem d’où elle avait disparu. En 2004, Breguet, a souhaité que ses ateliers réalisent une exacte réplique du chef-d’œuvre alors porté disparu depuis vingt ans. Celle-ci sera présentée, après près de quatre ans de travail, dans un splendide coffret, confectionné avec le bois de l’historique chêne de Versailles.

19 ans après, le changement climatique n’avait pas encore eu raison de Parties Civiles. L’association, qui va sur ses seize printemps, perdurera-t-elle au-delà de la longévité du chêne ? Il est encore un peu tôt pour le dire.

Table 1, dite « Dynastie millénaire » : Tristan, Jérôme2, Fred et Dom s’installent devant Age of Innovation. Ce descendant de Terra Mystica est un jeu stratégique costaud où on développe chacun son peuple, à la fois en s’étalant sur la carte où l’on construit des bâtiments et par ses aptitudes et pouvoirs. Cela peut ressembler de loin à Smallworld (dont on retrouve l’appairage entre une faction et un pouvoir spécial en début de partie mais c’est très différent). Il s’agit de bien planifier car les ressources (cubes et or) sont rares et difficiles à obtenir, malgré un mécanisme original de « pouvoir », une sorte de denrée « boost » convertible en un peu tout mais là encore difficile à obtenir et pas toujours disponible. Jérôme choisit de développer sa navigation ce qui lui permet de s’implanter un peu partout. Fred et Tristan acquièrent rapidement des tuiles de revenu (eh oui, un des soucis du jeu est qu’il y a beaucoup de choix avec autant d’information à ingurgiter et une iconographie pas évidente. Il s’avère qu’il y a des tuiles de revenu qu’il vaut mieux acquérir tôt et des tuiles de scoring qu’on se dispute en fin de partie -Tristan l’ayant bien démontré à Fred-). Dom fait un placement de départ pas fameux et a du mal à développer ses villes qu’il n’interconnectera pas. Dans le dernier tiers de la partie, Tristan rattrape son retard mais Fred (dont c’est la deuxième partie) ne lâche rien. Il parvient encore à construire une troisième cité le temps de la 6e et dernière manche, les convertit en 15 PV additionnels et remporte le bonus final (18 PV) pour la plus grande agglomération. Jérôme regrette un coup qui aurait pu lui disputer la victoire mais Fred s’impose avec 150 PV devant Jérôme 130, Tristan 123 et Dom 112.

Table 2, dite « Réserves inépuisables » : Les choix à cette table furent orientés par la présence de 5 joueurs, et en puisant dans les ressources de l’armoire, on jette son dévolu sur Heat, un jeu de course automobile un peu sophistiqué, où il faut aller vite, mais sans griller son moteur faute de partir en tête-à-queue. Le jeu comporte également des bonus pour les retardataires, ce dont certains usèrent et abusèrent, telle Marie-Anne, qui, a force de squatter les dernières places du peloton, fur irrémédiablement distancée. Plus loin sur la piste, la bataille faisait rage, Thomas et Mickaël jouant des coudes, Élie et François s’adonnant à de grandes chevauchées solitaires aussi chevaleresques que risquées, car qui est en tête ne bénéficie ni des bonus de queue, ni de l’aspiration qui permet à un concurrent situé juste derrière ou à côté de se propulser devant. C’est finalement la gestion du moteur qui sera décisive: François, ignorant les limites de vitesse, franchit allègrement les derniers virages à grand coup de pénalités dont il se tire sans ambages avec son inépuisable réserve de cartes moteur. Fort d’un dernier tirage de cartes providentiel, il termine un essieu devant Élie, suivi de Mickaël et Thomas.

Les mêmes quittent alors leur combinaison pour enfiler le costume de banquiers centraux à QE. Ce jeu, au mécanisme original d’enchères sans limites, est une sorte de poker menteur, puisqu’il faut enchérir assez pour remporter des tuiles mais pas trop, car celui qui a le plus dépensé est éliminé à la fin de la partie ! Le déroulement des enchères de cette partie sera fascinant, parti d’une première à 1715, pour finir au-delà de 325 000 ! Thomas, qui aurait fait un excellent score de vainqueur (54), est ainsi éliminé par son dernier achat un peu trop gourmand, qui porte ses emplettes à plus de 420 000. C’est Élie qui emporte la mise avec 43 points (et un budget de 397 678), juste devant Mickaël (42 pour 394 013 dépensés), François, 28. Marie-Anne, perplexe devant l’équation budgétaire proposée, n’a acquis aucune tuile et termine juste avec les 7 points attribués au joueur le moins dépensier !

Table 3, dite « Patine du temps » : la campagne Batman shadow of the bat bat son plein, et la fine équipe (Steven Fabrice, Xel) se joue de Double face, incarné par Olivier, pour une victoire sans encombres.

Table 4, dite « Longévité légendaire » : l’équipe habituelle (François-René, Jérôme, Olivier, Armand), à la longévité légendaire, se retrouve pour une table de Gloomhaven jaws of the lion.

Table 5, dite « Battement de sourcil » : à Wink (un nouveau jeu sur nos tables, qui semble avoir été apprécié en mode fin de soirée) Steven l’emporte d’un clin d’œil devant François-René, Xel et Jérôme.

Séance de MARDI 30/01/2024 à Servel

photo en noir et blanc de deux enfants debout habillés en blanc, l'un brun, l'autre, plus petit, blondLe 30 janvier 2001 vit le décès de Michel Navratil. À l’âge de trois ans, le 10 avril 1912, il embarque sur le Titanic à Southampton, accompagné de son petit frère Edmond et de son père Michel. Ce dernier, tailleur à Nice ayant découvert l’adultère de son épouse, avait décidé de refaire sa vie à Chicago, et subtilisé ses enfants à la garde de leur mère alors que le couple est en instance de divorce. Les deux enfants sortent vivants du naufrage après avoir été embarqués, sans leur père, dans le dernier canot de sauvetage. Au matin, Michel et son frère sont secourus par le Carpathia avec les 700 autres rescapés et sont hissés à bord du navire dans des sacs de toile. Les deux enfants, qui parlent français, sont incapables de donner leurs noms : ils ne connaissent que leurs surnoms, Lolo et Monmon. Seuls enfants à n’être réclamés par aucun parent, ils sont alors pris en charge par des passagères.

Le 18 avril, alors que le Carpathia arrive à New York, Michel et son frère ne sont toujours pas identifiés et attirent malgré eux l’intérêt des médias. La presse mondiale se passionne pour l’affaire des « Orphelins de l’Abîme ». Ils passent leur première semaine à New York. C’est en lisant un article de Nice-Matin paru le 21 avril que leur mère, Marcelle, apprend que deux petits garçons français non identifiés, rescapés du Titanic, probablement orphelins de leur père, attendent leur mère à New-York. Elle prend contact avec le Consul britannique à Nice qui s’adresse au Consul de France à New-York. Les retrouvailles entre la mère et ses fils ont lieu devant témoins à New York le 16 mai 1912. Tous trois regagnent la France deux jours plus tard après avoir donné des interviews à la presse. Le corps du père, porté disparu, est retrouvé cinq jours après le naufrage.

Michel a acquis une certaine notoriété, d’abord parce que la presse s’est intéressée à cette affaire peu après le naufrage, les Navratil étant les seuls enfants rescapés n’ayant été réclamés par aucun parent, et par ses interventions médiatiques à partir des années 1980 et de la découverte de l’épave. Enfin, parce qu’il est le dernier rescapé masculin du Titanic à mourir, et le dernier de nationalité française.

33 ans plus tard, on assista, à Lannion, à un double naufrage – non pas en haute mer, mais en basse terre.

Table 1, dite « Sombres abysses » : dès les premiers instants de Sub Terra, la terre s’ouvre sous les pieds de Xel. En jaillit un monstre, et toute l’équipe bascule bientôt au plus noir des abysses, emportant Marc, Nastassia, Marco et Marie-Anne. Ils tentent une nouvelle aventure, mais un sort aussi funeste, quoique moins fugace, leur est promis. Comme il n’y avait pas d’orchestre, l’exquis gâteau préparé par Marie-Anne fut de cette soirée leur seul réconfort. Il faut aussi des pâtissières sur le Titanic.

Séance de VENDREDI 26/01/2024 à Servel

Le 26 janvier 1926, des membres de la Royal Institution assistent à la première séance de télévision. Il ne s’agit que d’une petite image animée en noir et blanc de 30 lignes verticales, mais elle permet de distinguer clairement la silhouette d’un personnage transmise d’un émetteur situé dans la pièce voisine. La séance a lieu à Londres, 22 Frith Street, dans le laboratoire de l’inventeur, un ingénieur et entrepreneur écossais du nom de John Logie Baird. Après de longues recherches, il avait présenté une première fois son procédé en octobre 1924 dans un magasin, mais le résultat avait été trop médiocre pour être pris en considération.

98 ans après, on donnait en simultané sur 4 chaînes une séance de Parties Civiles.

Table 1, dite « Histoires » : Mythic Battles prend du poids et du volume dans les bagages de François-René, venu présenter sa nouvelle acquisition. A la version Ragnarok pour les puristes, il s’impose avec Elie fort d’une collection de runes, se déjouant de Xof et Armand.

Table 2, dite « NRJ » : A la table de Nucleum, déjà de vieux habitués : Olivier L. qui prend un départ compliqué qu’il paiera longtemps, se muant dès lors et selon ses dires en spectateur d’une joute opposant Fred à François. Ce dernier brille en électrifiant et en remplissant des contrats, mais il est défait au décompte final par Fred, qui engrange les points de ses bâtiments fédéraux, sans oublier ses juteuses avancées sur les pistes. Au final, Olivier est juste devant Fred, mais c’est un effet d’optique car il a un tour de retard (78 à 177, donc). François score un honorable 137.

Table 3, dite « Treizième rue» : à La Famiglia Tristan et Franck engrangent une victoire aisée, permise par un butin plantureux mais mal acquis. Marie-Anne et Mickaël n’étaient pas forcément plus honnêtes mais n’ont rien pu faire.

Table 4, dite « Evasion » : Nouveau tour en Nouvelle-Zélande qui réunit cette fois Xel, Neox et Dom à Great Western Trail Nouvelle-Zélande. Les deux premiers ont joué au jeu de base mais il y a bien longtemps, comme l’a fait remarquer Neox on perd des réflexes à moins jouer. Dom tire les leçons du vendredi précédent où il avait peiné après avoir longtemps n’eu qu’une seule bergère. Cette fois c’est Xel, vu le faible nombre mis en jeu et les achats agressifs des deux autres, qui en souffrira. Elle axe sa partie sur les bâtiments et la navigation pendant que Dom et Neox (le premier à augmenter sa taille de main) font des livraisons à Wellington de plus en plus valables. En fin de partie Neox musarde sur la route sans réaliser qu’il fait le jeu de Dom qui, à toute berzingue, fonce faire une ultime livraison à 13 PV et comme on dit « to add insult to injury », rafle le jeton de fin de partie à 5 PV. Il ressort en tête du décompte des points avec 131 PV devant Neox 92 et Xel 72.

Séance de VENDREDI 19/01/2024 à Servel

Disparu près de soixante ans, le manuscrit du roman de Céline Voyage au bout de la nuit réapparait le 19 janvier 2001 par l’entremise d’un libraire parisien. La Bibliothèque nationale de France l’acquiert, faisant jouer son droit de préemption, pour plus de 12 millions de francs et le conserve depuis dans un coffre-fort, seuls quelques privilégiés ayant pu y avoir accès. Il sera édité en fac-similé dans un luxueux coffret en 2014  en deux tirages, limités chacun à 1 000 exemplaires. Avec ce livre, récit à la première personne de la Première Guerre mondiale, du colonialisme en Afrique, des États-Unis de l’entre-deux guerres et de la condition sociale, Céline obtint le prix Renaudot, manquant de deux voix le Goncourt.

Classique du XXe siècle, traduit en 37 langues, il tient son titre d’un couplet d’une chanson chantée par l’officier suisse Thomas Legler, alors au service de Napoléon, pendant la Bataille de la Bérézina: «  Notre vie est un voyage / Dans l’Hiver et dans la Nuit / Nous cherchons notre passage / Dans le Ciel où rien ne luit ». Le roman est notamment célèbre pour son style, imité de la langue parlée et teinté d’argot, ce qui suscita de nombreuses polémiques à sa parution. En jetant les bases d’un style qu’il nomme son « métro émotif ». Céline refuse d’utiliser la langue académique des dictionnaires, qu’il considère comme une langue morte. C’est l’un des tout premiers auteurs à le faire, avec une force qui influencera largement la littérature française contemporaine.

23 ans après, Servel bruissait du tumulte d’aventures extraordinaires, qui se poursuivirent jusqu’au bout de la nuit, bien après le départ du scribe.

Table 1, dite « Une boucherie » : en 1347, la peste noire envahit toute l’Europe. Les bateaux infestés accostent dans les ports de Constantinople et de Messine en Sicile. La maladie gagna l’Italie et Marseille pour se propager très rapidement dans l’Europe entière. En cinq ans, la pandémie fit 25 millions de victimes sur une population totale de 75. Messina 1347, le jeu de l’excellent Vladimir Suchy, restitue à merveille cette ambiance, avec la propagation des rats, la quarantaine, et le feu pour éradiquer le fléau. Dans son mécanisme, il est dans la grande mouvance des jeux experts de qualité avec de la gestion, de la planification, des échelles, de multiples bonus et actions à combiner pour arriver, in fine, au repeuplement de la ville. Pour cette partie découverte, François joue le registre de la ville, qui permet de grappiller des lieutenants supplémentaires. Un choix stratégique, qui, associé à une excellente programmation, lui permet en fin de partie d’assurer les deux repeuplements les plus lucratifs du jeu (17 et 19). En retard sur la piste de score en temps réel, il sort victorieux au décompte final avec 76, devançant Marc, 69, et Olive 52. A rejouer avec la face b des tuiles, qui propose des plateaux asymétriques !

Table 2, dite « Des cadavres » : A la table de Too many bones, un duel homérique entre un « Boomer » (Tristan) et un « Riffle » (Arakis). L’issue finale de cette table nocturne est un profond mystère.

From the MoonTable 3, dite « Des voyages » : après un voyage très lointain, les joueurs de From the moon (François-René et les deux Olivier) sont en compétition pour gérer et développer la base lunaire qui va lancer des missions spatiales de survie à travers la galaxie. Au baveux qui s’enquiert de la joute par un « ça se passe bien ? », il sera répondu un mystérieux « ça dépend pour qui », que les brumes de la nuit ne dissiperont jamais.

Table 4, dite « Des moutons » : Expédition aux antipodes pour jouer à Great Western Trail Nouvelle-Zélande, avec Élie, Fred, Mickaël et Dom, les trois derniers ayant déjà disputé la partie inaugurale juste avant Noël. On confirme que le jeu est moins contraignant que son parent, il y a plus d’argent et on peut faire évoluer sa stratégie en cours de partie (mais peut être quand même qu’une stratégie très orientée serait supérieure ?) Fred recrute une première bergère à bas prix et est le premier à acheter des brebis haut de gamme et à faire de belles livraisons à Wellington, cela en découle. Élie part plutôt sur une dominante « construction ». Mickaël et Dom accumulent les cartes « deck building » qui font tourner la main avec quelques bénéfices. Ensuite, tous sauf Dom vont naviguer loin, là où les îles donnent des points en fin de partie. C’est Mickaël qui met fin à la partie, difficile de savoir qui est en tête car il y a une douzaine de façons de marquer des points; en fait c’est très serré : Mickaël 113, Dom 112, Fred 107, Élie 70.

Séance de VENDREDI 12/01/2024 à Servel

undefinedPierre de Fermat, mort le 12 janvier 1665, magistrat, et surtout mathématicien fut aussi poète, latiniste et helléniste, et s’est intéressé aux sciences, en particulier à la physique (on lui doit le principe de Fermat en optique). Son dernier théorème, dont la démonstration n’a été établie que trois siècles plus tard par le britannique Andrew Wiles, le rendit célèbre. Il l’énonce en marge d’une traduction (du grec au latin) des Arithmétiques de Diophante, en regard d’un problème ayant trait aux triplets pythagoriciens : « Au contraire, il est impossible de partager soit un cube en deux cubes, soit un bicarré en deux bicarrés, soit en général une puissance quelconque supérieure au carré en deux puissances de même degré : j’en ai découvert une démonstration véritablement merveilleuse que cette marge est trop étroite pour contenir ». Cette note est le seul témoignage dont on dispose de Fermat sur cet énoncé dans le cas général. A fortiori aucune démonstration ou tentative de démonstration n’a été retrouvée. En revanche, Fermat évoque à plusieurs reprises le cas des cubes et des puissances quatrièmes, et on possède des preuves de lui et de contemporains sur le cas des puissances quatrièmes. C’est même, dans toute l’œuvre mathématique laissée par Fermat, la seule démonstration.

Les historiens des mathématiques ne sont pas certains que Fermat lui-même ait été longtemps convaincu d’avoir une preuve dans le cas général. En effet, les annotations marginales de Fermat sont des notes de lectures à son usage personnel, et si Fermat mentionne bien dans ses correspondances les cas particuliers du théorème pour n = 3 et n = 4, il n’aborde jamais explicitement le cas général, seule exception parmi ses énoncés de théorie des nombres. La mention de ces deux cas particuliers laisse penser que Fermat s’était lui-même rapidement rendu compte qu’il n’avait pas de démonstration générale, ni même simplement dans le cas n = 5.

Un autre argument fait la comparaison avec la conjecture de Fermat sur la primalité des nombres dits depuis « nombres de Fermat ». En effet, après avoir écrit plusieurs fois à ses correspondants qu’il n’avait pas de démonstration de ce résultat, il assure en posséder une par descente infinie dans une lettre de 1659. Or, la conjecture de Fermat est en défaut pour n = 5 (225 + 1 = 4 294 967 297 n’est pas premier mais divisible par 641), ce qui conduit à supposer que Fermat n’aurait vérifié précisément cette conjecture que jusqu’à n = 4, par une méthode dont il se serait persuadé à tort qu’elle fonctionnait au-delà, et procédé de même pour son « dernier théorème ». On ignore à ce jour s’il est possible de prouver le théorème de Fermat par des raisonnements n’utilisant que les propriétés arithmétiques et algébriques des entiers connues de son temps, mais l’on sait que certaines pistes, telles la méthode de descente infinie, échouent sous la forme qui réussit pour les petites valeurs de n. La plupart des spécialistes estiment, pour cette raison, qu’une approche « élémentaire » est vouée à l’échec.

359 ans après, Servel bruissait des crissements du couteau sur la galette des rois et du clapotis du cidre dans les verres pour une soirée prolifique, riche en nouveautés avec pas moins de trois nouveaux jeux ajoutés à notre bibliothèque de tags (Ad astra, Age of innovation, Faraway), et qui reçut la visite d’une apprentie journaliste. On a hâte de comparer sa recension avec la nôtre.

Table 1, dite « Primus inter pares » : Bruno Faidutti a décidément la cote à Parties Civiles, JérômeC y forme une table de son Ad astra et en sort vainqueur, devançant Nastassia, dans un mouchoir de poche avec Thomas. Suivent Marco et Marie-Anne.

Table 2, dite « Démonstration réussie » : Voici Age of innovation, un jeu visiblement d’une grande complexité au vu de l’heure tardive où il prit fin. Tristan, son promoteur, s’y impose avec 150, devançant de 30 Arakis. Plus loin sur la table de marque, on apercevait Doc Nico et son collègue Patrice, en compagnons d’infortune de Fred.

FarawayTable 3, dite « Carré parfait » : pour la dernière table formée de la première partie de soirée, Gilles étrenne Faraway, une nouveauté aux mécanismes déroutants de prime abord, et qui appela donc à une redite après la première partie de découverte. Lucas 93, Baptiste 65, Aurore 63, François 60, Gilles 58, Camille 57 pour la première. Revanche pour Aurore, 87, Lucas 85, François 78, Gilles 71, Baptiste 59 et Camille toujours 57 pour la seconde. On jette ensuite son dévolu sur Mot malin. Une première partie, commencée par un Adultère (Détective, Lit), et terminée par un hommage à Johnny (Casque, Nuit) puis à Schumacher (Casque, Lit) se solde par le score collectif « Bon ». Une seconde, puisque c’était la table des redites, parvient au niveau « Excellent », grâce aux malins Dop (Savon, Oeil), et Jésus (Pied, Eau).

Table 4, dite « Bête de sommes » : Mickaël sort son spécial, on a nommé La bête bien sûr, et attire Jesus (condisciple de Marco), Élie, Frank et Paul. Ce dernier incarnait le monstre et la partie se solda par un match nul, à une victime de la victoire pour notre jeune ami, mal parti, mais qui, selon son propre aveu, eut plus de succès quand il arrêta de réfléchir ! On passe ensuite aux additions vertigineuses de QE, et Paul l’emporte cette fois avec 44, explosant la concurrence (ses suivants, Frank et Mickaël pointant à 28), dans une partie où l’américain réussit à intoxiquer le japonais.

Table 5, dite « Descente infinie » : sur le toboggan infini de la campagne Batman shadow of the bat, on voit la fine équipe habituelle (Xel, Samuel, Fabrice, Steven) engranger un nouveau succès. Un jour, c’est mathématique, cette série prendra fin, mais ce n’était donc pas ce soir.

Table 6, dite « Marges providentielles » : à la table de Civilization Baptiste posa, comme à son habitude, beaucoup de questions. Et là, pas de marge trop étroite pour contenir les réponses : il reçut tant et tant de conseils avisés que sa victoire pourrait presque se lire comme un succès collectif pour Benjamin, Marc, Olive et Adrianne !

Table 7, dite « Conjecture indémontrable » : on retrouve la fine équipe (François-René, Jérôme, Olivier, Armand) pour cette table de Gloomhaven jaws of the lion. Cette campagne prendra-t-elle fin, on ne saurait le dire ? On est tenté de penser que la conjoncture est indémontrable.

Table 8, dite « Double jeu » : Mot malin attise les envies, et voici que la table 1, rejointe par Xel et Jérôme s’y met aussi, après que Marco eut tiré sa révérence. Ils furent bons, sans plus.

Table 9, dite « Correspondances dévoyées » : si, à l’époque de Pierre de Fermat, les correspondances étaient le moyen de se jauger et de partager ses connaissances, à Fiesta de los muertos il leur arrive d’être dévoyées. De cette table finale, on retiendra comme exemple de glissement progressif des sens qu’il n’était pas évident de penser à Odin avec un indice canin (Viking, Danois, Carlin) ou à Jacques Brel sur l’indice financier issu de l’enchaînement (Flammandes, Frite, Patate, Pognon).

Séance de VENDREDI 05/01/2024 à Servel

Le 5 janvier 1477, Charles le Téméraire, « Grand Duc d’Occident », trouve à 43 ans une mort tragique et solitaire en faisant le siège de Nancy, blessé d’un coup de hallebarde par l’un des Lorrains ou Suisses qu’il combattait. Défait par les Confédérés suisses, Charles le Téméraire s’était retourné contre le jeune duc de Lorraine René II, qui lui a repris la ville. Par une matinée glaciale, aux côtés son demi-frère Antoine, dit le Grand Bâtard, qui lui a toujours été fidèle, mais n’ayant plus avec lui qu’une poignée de soldats, il livre bataille à son ennemi qui bénéficie d’un effectif beaucoup plus nombreux (15 000 contre 2 000), essentiellement de mercenaires suisses. Ses troupes sont taillées en pièces, lui-même disparaît dans la mêlée. Le lendemain, à Nancy où René célèbre son triomphe, un jeune page révèle au duc avoir vu Charles le Téméraire tomber de cheval. René se rend en escorte sur le lieu indiqué et, parmi plusieurs corps dévorés par les loups et que les pillards ont déjà dépouillés de leurs vêtements, on croit reconnaître celui du Téméraire. Son médecin se penche sur le cadavre et l’identifiera formellement d’après une cicatrice à la gorge et une bague restée au doigt.

Charles le Téméraire chute de cheval devant Nancy (miniature des Mémoires de Commynes, XVe siècle)

Quelques années plus tard, à Lannion, on guerroyait sur tous les continents et toutes les époques.

Table 1, dite « Voyage hasardeux » : Une partie d’Iki avec extension pour quatre expérimentés, Mickaël, Axel, Samuel et Dom. La preuve : tous finissent avec les cinq couleurs de personnages dans leur jeu. Le hasard du marché des personnages fait que très peu de bâtiments ont été construits (la maison de thé par Axel). Les incendies n’ont fait aucun dégât. Samuel a fait la course en tête sur la piste d’incendie et a accumulé les points de victoire en cours de partie. Par contre sans jetons tabac ou poissons il marque peu en fin de partie et finit second avec 98 PV. Mickaël fait un dernier achat de poissons à 12 PV qui lui donne la victoire avec 108 PV. Axel et Dom ferment ce tir groupé avec 94 et 93.

Table 2, dite « Fin prématurée » : lorsqu’Elsa von Frühlingfeld présenta son invention au roi Frédéric-Auguste II de Saxe, les gens pensèrent à une supercherie. Cette scientifique du dix-neuvième Box cover of English editionsiècle a utilisé l’uranium, élément récemment isolé, pour chauffer un seau d’eau, et la vapeur générée pour alimenter un moteur, qui lui-même maintenait l’uranium actif via un processus qu’elle appela « atomisation ». Son appareil, le Nucleum, a marqué le début d’une nouvelle ère d’énergie et de prospérité pour les décennies suivantes, et plus prosaïquement pour nous, le jeu dérivé de l’invention éponyme.
Simone Luciani (Tiletum, Tzolk’in, Grand Austria Hotel…) souvent plus développeur qu’auteur, est ici, comme à son habitude accompagné d’un auteur de renom: David Turczi, qui n’est pas non plus n’importe (Teotihuacan, Anachrony…) . Deux auteurs exceptionnels pour un jeu d’exception, jeu que Fred nous présente comme nécessitant un apprentissage au long cours, avouant n’en avoir pas encore maîtrisé les arcanes. Cet aveu d’un si fin connaisseur glace le sang d’Olivier et François, mais il est trop tard pour reculer, et les voilà pris dans l’engrenage. A la découverte, le jeu se révèle d’une grande richesse, avec de faux-semblants de Brass, autre aventure industrielle, moins librement inspirée de la réalité : on construit des rails pour relier des villes, et un réseau à partir duquel on peut agir. Les rails sont en fait des tuiles à double face, l’avers étant constitué d’un couple d’actions associés à une couleur, actions que l’on résout avant de poser son rail, en respectant bien sûr les couleurs. On établit des bâtiments, on fore des mines et on active des centrales, tout l’enjeu étant de réussir à électrifier ses bâtiments en amenant l’uranium par un réseau de rails, ou le charbon pour les nostalgiques. Olivier et Fred jettent leur dévolu sur le matériau rare au sud du plateau, alors que François s’exile au nord, jouxtant une mine de charbon en activité. Ce mouvement calculé à l’instinct l’éloigne du champ de bataille, lui permet de construire à tour de bras et de récolter de précieuses étoiles lors de l’électrification. Il prend rapidement la tête, lentement rejoint par Fred et Olivier qui montent en puissance, mais ce n’est qu’un leurre, car tout se règle à la fin de partie sur la piste des étoiles, qui offre des bonus plantureux à ceux qui s’y sont bien placés. Sentant son avance fondre, sur les coups de minuit, François décide de mettre fin à la partie, au grand dam de ses adversaires, en vidant le marché, coup hautement stratégique qui lui offre une victoire de prestige avec 152 PV, devant Fred, 128, et Olivier, 99.

Attention une précision très importante aux règles (source Luciani lui-même): « Pour pouvoir construire dans une ville, sauf la toute première, il faut un rail À SOI qui relie à la ville en question contrairement à ce qui est écrit sur les règles »

Table 3, dite « Rois sans divertissement » : convoqués à une séance de Gloomhaven : les mâchoires du Lion, François-René, Armand, Jérôme et Olivier B. s’en sortent brillamment.  Ils enchaînent sur Kites, mais leur final est perturbé par l’arrivée intempestive d’un journaliste amateur, puis finissent par s’encanailler au casino des banques centrales avec Q.E. François-René s’y distingue en la jouant super Mario (Draghi bien sûr, pour les intimes).

Table 4, dite « Chronique d’une mort annoncée » : Jérôme et F-R inaugurent Sky Team, un original jeu coopératif à deux où, respectivement pilote et copilote d’un avion de ligne, les joueurs doivent le faire atterrir en utilisant des dés dont la valeur est inconnue de l’autre. Pas mal d’options et de configurations laissent anticiper un jeu riche, mais avec une certaine courbe d’apprentissage : ce soir le 757 s’est crashé avant d’avoir atteint le seuil de piste de l’aéoport de Montréal.

Table 5, dite « Duc d’occident » : à cette table de Civilization (en version 2018), on retrouve Xel, Adrianne, Benjamin et Steven, ce dernier réglant son petit monde avec un panache que n’aurait pas renié le duc d’Occident.

Séance de MARDI 02/01/2024 à Servel

Le 2 janvier 1941 marque l’apparition du meilleur ami de Tintin, le capitaine Haddock, dans un épisode du Crabe aux pinces d’or, neuvième album. S’il devient au fil du temps le compagnon inséparable de Tintin, rien ne le prédestine à un tel sort dans cette première aventure où il tient plus de l’épave que du héros. Tintin le rencontre alors qu’il tente de s’échapper de la cale du Karaboudjan, le cargo dont Haddock est le capitaine sans en être le maître à bord, rongé par le whisky et floué par son second. Mais malgré son alcoolisme notoire, il devient pour Tintin un allié improbable dans sa lutte contre des trafiquants de drogue. Abruti par l’alcool, le capitaine ne pose pas de question quand Tintin fait irruption dans sa cabine et lui fait immédiatement confiance, obéissant de manière naïve au jeune héros.

Le crabe aux pinces d'or • Hergé – La bibliothèque de BénédictePour Benoît Peeters, l’invention du capitaine est surtout une fabuleuse trouvaille sur le plan narratif, car « au héros en creux qu’est Tintin, pur support à l’identification du lecteur, vient s’ajouter une figure romanesque plus incarnée qui surgit abruptement dans l’histoire et ne tarde pas à y prendre une place essentielle ». De fait, les maladresses et accès de colère du capitaine, provoqués par l’ivresse, sont autant de relances du récit : il brûle les rames de la chaloupe à bord de laquelle lui et Tintin ont fui le Karaboujan, fait s’écraser leur hydravion car il veut piloter à sa place, puis manque de l’étrangler en plein désert quand il le prend dans son délire pour une bouteille de champagne.

Haddock est l’un des rares personnages de Tintin qui soit doté d’un passé. Le diptyque formé par Le Secret de La Licorne et Le Trésor de Rackham le Rouge le mène sur les traces de son ancêtre, le chevalier François de Hadoque. Il offre un nouveau lieu d’attache, le château de Moulinsart, ce qui confère au capitaine un double rôle de fédérateur et de catalyseur. Par son visage expressif et tourmenté, Haddock apparaît comme le « négatif » du héros trop lisse incarné par Tintin. Il apporte une humanité à laquelle le lecteur s’identifie : dans un sondage effectué en 1996 auprès des lecteurs de la série, le capitaine est désigné comme leur personnage préféré.

83 années plus tard, à Lannion, il fut question de champagne, de colères, et de comportements excessifs.

Table 1, dite « Buveurs impénitents » : La date est idéale pour ressortir le trop méconnu Age of Champagne, et voilà Xel, Marie-Anne et François qui se mettent à l’ouvrage de ce jeu où l’on suit de bout en bout la vie d’une bouteille de champagne, de la vendange à la mise en tonneau, de l’assemblage à la mise en bouteille, de la cuve à l’oenothèque, et jusqu’aux marchés finaux.  Dix tours se succèdent où l’on enchaîne les actions, et l’on marque des points, sur les cépages, les cuvées, le développemnt durable, et, surtout, les ventes. Départ tranquille pour nos trois vignerons, qui prennent leur temps et remplissent leurs caves. Quand celles-ci débordent, on est déjà au mitan du jeu, et il est temps de vendre. C’est le moment choisi par François pour passer de la troisième place dans l’ordre du tour à la première : un excellent coup, qui va le propulser des profondeurs du classement où il végétait désespérément après un départ catastrophique, grillant Marie-Anne dans les dernières ventes au prix d’un bilan carbone désastreux, et finissant (presque) sur ses talons (67 à 89). Bien plus haut sur la piste, bon sang ne saurait mentir, Xel avait pris le large avec 120 points de prestige, et s’adjuge une victoire sans discussion. Champagne !

Table 2, dite « Pénitents imbuvables » : François-René, Mickaël, Fred, Elie, Benjamin et Axel-à-la-moustache-fleurie sont au pénitencier et cherchent désespérément à s’en sortir, en creusant bien sûr, puisqu’on est à Dig Out, comme chacun l’a compris. Mais ils font une prestation imbuvable, ignorant au moins cinq règles du jeu. On ne leur accordera pas de remise de peine, mais les voilà qui, Fred et Elie partis, s’attablent ensuite à un QE pour expier leurs fautes en tentant de sauver la finance (et le monde avec) ! Axel (36) ressort banquier du jour, devant François-René (32) et Mickaël (27), Benjamin finissant éliminé par faute d’avoir trop dépensé.

Séance de VENDREDI 22/12/2023 à Servel

Le 22 décembre 1938, l’ornithologue sud-africaine Marjorie Courtenay-Latimer (1907 – 2004) annonça la découverte d’un cœlacanthe vivant, alors que cet ordre était réputé éteint depuis la fin du Crétacé. Elle avait reçu un appel téléphonique lui indiquant qu’un pêcheur actif dans l’estuaire de la Chalumna River venait de remonter dans ses filets un poisson d’un type inconnu. Elle emporta la prise au musée d’East London afin de l’étudier et de l’identifier mais, ne le trouvant dans aucun de ses ouvrages, elle fit naturaliser l’animal et contacta un ichtyologue qui y vit un cœlacanthe, représentant d’un groupe connu alors uniquement à l’état de fossile. L’espèce est depuis baptisée Latimeria chalumnae en l’honneur de l’ornithologue et des eaux où elle a été retrouvée. Il faudra attendre quatorze ans pour qu’un nouveau spécimen soit découvert.

Les cœlacanthes sont peut-être l’exemple le plus fameux de « taxon Lazare » (appellation donnée en référence au personnage ressuscité par Jésus dans le Nouveau Testament). On lit souvent qu’ils ont subsisté des millions d’années sans modification biologique, mais les espèces modernes ne sont en fait pas représentées dans les strates fossiles du Mésozoïque. Cela dit, certaines espèces disparues, particulièrement celles des fossiles de cœlacanthes les plus tardifs, ressemblent beaucoup extérieurement aux modernes. Les fossiles des grands fonds marins sont rarement formés dans les strates où les paléontologues peuvent les mettre au jour, ce qui donne l’illusion que ces espèces des grandes profondeurs n’existaient pas autrefois – hypothèse d’Edward Forbes, toujours à l’étude, et nommée théorie abyssale azoïque.

Le séquençage du génome du cœlacanthe africain en 2013 a mis en évidence qu’il contient environ 25 % d’éléments transposables, qui ont eu un impact faible sur son évolution morphologique, mais fort sur son évolution anatomique afin de s’adapter à ses différents milieux aquatiques, à l’instar de ses cousins tétrapodes qui ont colonisé le milieu terrestre (évolution anatomique par des gènes impliqués dans l’immunité, excrétion d’azote, développement de nageoires et de membres).

Bien des années plus tard, à Lannion, nous accueillions avec plaisir certains de nos plus anciens membres. Le temps n’a pas de prise sur eux, à l’instar des cœlacanthes.

Table 1, dite « Voyage au long cours » : Agités comme des brebis prêtes pour la transhumance, on se bouscule pour s’asseoir à la table de Great Western Trail Nouvelle-Zélande, tout chaud tombé de la hotte. Les élus sont Fred, Mickaël, Olive et Dom. En changeant de continent on a remplacé les vaches par des moutons, ajouté une façon de gagner de l’argent (en tondant les animaux pour vendre leur laine) et remplacé la ligne de chemin de fer par le cabotage dans un archipel. Cette version du jeu semble offrir des voies de développement plus variées et être moins punitif que l’original (ainsi au bout d’un moment on peut ne plus payer de « taxe » sur les tuiles Danger et certains bâtiments adverses). Mickaël met la main sur l’unique bergère, les autres partent sur de la tonte (Fred & Olive) ou de la navigation (Dom). Mais au fil de la partie les priorités changent et au final c’est Dom qui aura le plus de tondeurs. Fred met l’accent sur la construction et la navigation, Dom fait un peu de tout et, riche de cartes faisant tourner son deck, conclut par une belle livraison à Wellington à 13 PV. Ayant aussi grappillé quelques tuiles Bonus et Danger, il l’emporte avec 118 PV devant Fred 86, Mickaël 74 et Olive 51. Maintenant que les règles sont en tête, il faudra refaire un tour aux antipodes.

Acheter Great Western Trail - Nouvelle-Zélande - Eggertspiele - Jeux de société

Table 2, dite « Fossiles de l’histoire » : bien des années après sa fin, Jeff et Jack en sont à parcourir, pour la première fois sur nos tables, Hitler’s reich, le premier en allemand, le second en soviétique. Malgré une belle victoire de Patton dans le Caucase, les nazis ont triomphé des communistes, et, sur les décombres des fossiles de l’histoire, leurs idées ressuscitent telles Lazare.

Table 3, dite « Taxon inconnu » : sept joueurs en mal de table sont convoqués à une séance de survivalisme avec The thing, qui tourna au carnage. La bête, incarnée au départ par François-René, fit un malheur parmi les humains, contaminant Camille, Élie, Olivier, et abattant froidement François. Xel et Xof, restés seuls représentants de l’espèce, n’ont rien pu faire.

Table 4, dite « Sous la terre comme au ciel » : on retrouve à cette table François-René, Xel, François et Élie, pour la découverte de Kites – une réussite mais avec de mauvaises règles, la faute a un traducteur bénévole, croit-on savoir. Ce n’est pas plus brillant, et même un plongeon historique, à Die Crew avec un triple échec sur la même mission dès le premier pli !