Séance de VENDREDI 03/03/2023 à Servel

Né le 3 mars 1847, fils d’un éducateur de sourds-muets, Graham Bell inventa le téléphone en cherchant un moyen de faire entendre les sourds. Il est à l’origine de nombreuses autres inventions et figure parmi les grands inventeurs du XIXe siècle. En son anniversaire, à Parties Civiles, il n’y avait pas besoin de se téléphoner pour s’entendre.

Table 1, dite « Haut débit » : à Ark Nova Tristan dynamite ses rivaux, Samuel et Mickaël, en mettant le turbo sur la fin.

Table 2, dite « Café-crème » : à Grand Austria Hotel Fred (151) survole les débats pour sa première partie. Dom (131), François (130) et Olive (102) en ont été estomaqués.

Table 3, dite « Téléphone rouge  » : le populaire Twilight Struggle fait des émules, ici Killian, qui, depuis Moscou, décroche son téléphone rouge pour entamer les hostilités avec Jack, l’américain, qui aura raison de lui.

Table 4, dite « Ligne claire » : à Dig out François-René s’impose face à une ribambele de joueurs, et un spectateur, Neox, qui n’a pas trouvé sa victoire téléphonée.

Table 5, dite « Sourds et malentendants  » : un Codenames clôt cette soirée, en version commerciale, et non domifiée.  Les bleus (Dom, François, Mickaël, Thomas) s’imposent 2-0 avec une jolie intuition sur Marianne (Coq, Timbre). En face, les rouges (François-René, Fred, Olive, Tristan) ont multiplié les signes du malentendant – en particulier dans une deuxième manche où ils se sont perdus entre un punch et un cocktail.

Séance de MARDI 28/02/2023 à Servel

En ce 28 février, on fêtait la naissance de Thomas, non, pas le saint, le nôtre ! Et parce que nous sommes civils, il y avait un gâteau maison de Marie-Anne (miel citron, un régal) et quelques pommes fermentées pressées !

Table 1, dite « Lune de miel » : Olive et Dom s’installent pour un Ark Nova sur les plateaux « faciles » face A. Olive déploie tôt deux Mécènes qui lui rapporteront tout au long de la partie tandis que Dom, suivant les projets de conservation affichés, tente de récupérer des badges Afrique. Il poursuit avec un vivarium qu’il va peu à peu remplir de reptiles divers, heureusement que Olive a acquis une immunité contre les venins, constrictions et autres gentillesses. Sur la double piste convergente qui caractérise le jeu, Dom prend de l’avance côté attrait et Olive côté conservation. Le premier déclenche la fin de partie en croisant tout juste ; Olive, joueur expérimenté déploie alors un festival : un projet de conservation à 3 points qu’il gardait en main depuis un long moment, plusieurs Mécènes à 1 point et un objectif personnel rapportant 3 points. Dom l’emporte sur un serré 8 à 4 et repart en notant que la gestion du tempo de fin de partie est une subtilité de ce gros jeu.

Table 2, dite « Citrons pressés » : Marie-Anne revisite les classiques et n’a pas perdu la main : à Agricola elle presse le citron de ses adversaires et s’impose d’un zeste (46 à 44) face au valeureux Matthieu. Evan (22) apprend à ses dépends que l’agriculture est affaire de tradition et longueur de temps.

Table 3, dite « Libations fermentées  » : pour son anniversaire, Thomas était évidemment gratifié d’une partie de Brass:Birmingham – la version où la bière joue un rôle décisif. Avec 156, il perdit cette partie devancé au départage par Neox, mais coup de théâtre du décompte, c’est Xel qui l’emporte avec 160 grâce à ses 49 points de rails. François, avec 132, a fait belle figure, mais  reste au pied du podium : dans cette partie à haute intensité, la perfection était demandée pour monter sur la caisse.

Séance de MARDI 21/02/2023 à Servel

Abhijit Banerjee est un économiste indien qui fêtait ce soir son 62e anniversaire. A notre connaissance il n’est pas en retraite, mais enseigne toujours au MIT. Il a d’ailleurs reçu le Prix de la Banque de Suède en sciences économiques en mémoire d’Alfred Nobel (c.a.d le faux « Prix Nobel d’Economie ») pour ses travaux empiriques (« essais randomisés contrôlés ») de terrain, prix partagé avec deux collègues dont sa conjointe la française Esther Duflo.

Table 1, dite « Prospérité par le commerce » : Mickaël, Marc, Dom et Olive disputent une partie de Macao sur l’exemplaire XL entièrement fait maison et francisé (un vrai collector !) du dernier nommé. Un rédacteur pontifiant (heureusement il n’y en a pas sur ce site) dirait que le mécanisme de la « rose des vents » illustre ludiquement ce que les économistes appellent la « préférence pour le présent » : il faut constamment arbitrer entre des actions plus faibles maintenant ou plus fortes mais dans le futur. Marc passe l’essentiel de la partie en tête de l’ordre du tour et finit par utiliser un tableau de cartes puissant. Dom se donne les moyens de produire des sous et use et abuse de la conversion « sous vers PV », il prend rapidement de l’avance sur la piste de score. Olive est l’auteur d’une remarquable remontée en fin de partie avec un quartier de ville rapportant 8 PV, une carte le dispensant de la douloureuse pénalité pour ses cartes non construites et plusieurs cartes de scoring final utilisées efficacement. D’autant plus remarquable qu’ayant fait le choix de ne pas lutter pour l’ordre du tour, son choix de cartes était à chaque tour plus restreint et moins avantageux. La feuille de score finale affiche Dom 71, Olive 62, Mickaël 34 et Marc 33. A noter le jeu a été republié récemment sous le titre Amsterdam.

Table 2, dite « Biens mal acquis » : Neox entraîne une joyeuse bande (Mathieu, Xel, Nastassia et Adélie) dans une partie de Isle of Skye rythmée de commentaires et anecdotes sur les villes et la faune d’Ecosse. Selon certains récits, Xel a construit un moteur à points de victoire qui n’a malheureusement jamais démarré tandis que Mathieu a asticoté Adélie en lui chipant des PV et en prenant le meilleur sur elle dans une dernière combinaison de fin de partie. Après le départ de Nicolas les restant(e)s font un Deep Sea Adventure ponctué d’ivresse des profondeurs, de croche-pieds sous-marins et de noyades en série. On pourrait dire que ce jeu illustre ce que les économistes appellent la « cupidité excessive ». Xel nous envoie la bouteille à la mer suivante :

« Découverte du jeu par Nastassia, Adélie et Matthieu : jets de dés super pourris pour moi qui reste loin derrière les autres… qui se gavent et qui nous entraînent tous dans une mort annoncée lors des deux premières manches (ils ne me croyaient pas quand je disais qu’on allait tous crever !). Lors de la dernière manche, Adélie se gave et réussit à se hisser dans le sous-marin (à elle la victoire). Nastassia en voulant nous ralentir a pris un troisième trésor en remontant et est restée devant le hublot après un jet de dé insuffisant (elle n’avait pas remarqué qu’on ne pouvait pas faire plus de 6 LOL), je suis juste derrière et Matthieu encore dans les profondeurs. » Blub, blub.

Séance de DIMANCHE 19/02/2023 à Servel

Quoi de tel, au coeur de l’hiver, qu’une après-midi ludique Dimanche on joue où petits et grands se retrouvent autour de jeux, petits ou grands, et des douceurs apportées par les gentil.le.s membre.e.s ? Cet horaire différent a permis de revoir des têtes qui se font rares, pour le plus grand plaisir commun.

Baptiste y arbitra une table de Bolt Action entre deux Oliviers, c’est le photographe américain qui l’emporta. Marc fit face et à ses dépens à Marie-Anne à Pirates de la Mer du Nord, jeu qui circula ensuite à la table de Vincent et Anthony +2 enfants. François, Mickaël, Fred et Adélie jouèrent à Tiletum, et peut-être vit-on aussi un Paper Tales. Neox et Dom retournèrent à Marrakesh, cette fois en compagnie de Adriane et Steven qui découvrent le jeu et prennent les deux premières places. Les restants en fin de journée disputèrent un Mysterium à 5+1 en mode difficile, où une retardataire mit fin à la divination en échouant à trouver son triplet d’indices dans les délais réglementaires.

Il se dit que dans un mois, un autre rassemblement en mode anniversaire sera l’occasion de jouer jusqu’à plus soif, ou jusqu’à plus sommeil.

Séance de VENDREDI 17/02/2023 à Servel

Le 17 février 1600, Giordano Bruno était brûlé vif au terme de huit années de procès, accusé formellement d’athéisme et d’hérésie par l’Inquisition, d’après ses écrits jugés blasphématoires (où il proclame en outre que Jésus-Christ n’est pas Dieu mais un simple « mage habile », que le Saint-Esprit est l’âme de ce monde, que Satan sera finalement sauvé) et poursuivi pour son intérêt pour la magie. Le frère dominicain toucha également à la philosophie (l’infini), la physique (la relativité), la cosmologie (l’héliocentrisme), et reste célèbre pour la relativité du mouvement. En montrant qu’on ne peut envisager le mouvement d’un corps dans l’absolu, mais seulement de manière relative en relation avec un système de référence, Bruno ouvre la voie aux travaux de Galilée. Ce principe au fondement du référentiel inertiel, l’est encore pour la théorie de la relativité restreinte.

« Toutes choses qui se trouvent sur la Terre se meuvent avec la Terre. La pierre jetée du haut du mât reviendra en bas, de quelque façon que le navire se meuve. » (Le Banquet des cendres).

The Forbidden World | The New Yorker

423 ans après, aux tables de Parties Civiles, on pratiquait aussi l’éclectisme.

Marrakesh (City Collection #4)Table 1, dite « Héliocentrique » : Partie découverte sous le soleil de Marrakesh – la dernière incursion dans les villes du prolifique Stefan Feld – sous la houlette de Neox mais la diction de Dom, qui nous apprend que ce jeu de placement d’ouvriers recèle de subtils mécanismes : chacun dispose d’un plateau et de 12 actions symbolisées par 12 couleurs, qu’il effectuera chacune une fois par manche. Ces actions sont bonifiées par des kéchis, également aux 12 couleurs, qu’on récupère en début de manche par glissement de tous les kéchis choisis par les joueurs dans une tour qui peut en bloquer certains ! Tout l’art du jeu réside dans le timing de réalisation des actions par rapport aux kéchis et les positions semblent infinies. La diversification paie, en principe, mais c’est pourtant Dom qui, focalisé presque uniquement sur la rivière, avec une carte combinant à merveille avec cette action, marche sur l’eau et ses adversaires, avec 166 PV ! Suivent en tir groupé François, 125, Mickaël, 120, et Neox, 110.

Table 2, dite « L’âme du monde » : à cette table de Ark Nova on tente, comme au dernier jour, de sauver des animaux. Eve s’y connaît, battant 13 à 12 Marc, lion sans griffes, tandis que Olive assiste à leur duel derrière les grilles du zoo.

Table 3, dite « Cosmologique » :  l’univers est-il en expansion ? Bruno aurait dit non, mais Dune imperium prend ses aises avec une extension. Fred s’en sort le mieux, battant Lucie sur le fil. Les deux Olivier ont assisté à leur duel depuis le camp de base.

Table 4, dite « Jeudi noir » : à Schwarzer Freitag, trois ex-aequo, Xel, JiBee et Baptiste, ce dernier vainqueur au départage par l’argent. Pour Tristan et Thomas, en revanche, cette partie avait tout du vendredi noir. Un Scout n’a pas été de trop pour se départir de leur déconvenue.

Séance de MARDI 14/02/2023 à Servel

Table 1, dite « Olympique » : 4 ans après sa dernière apparition sur nos tables, qui comblait un vide d’également 4 ans après son apparition précédente (et exactement 25 ans après la médaille de bronze en patinage artistique aux JO de Nagano de Philippe Candeloro), Age of Steam était de nouveau convoqué à la table de Parties Civiles, avec Xel, Thomas, Marie-Anne et Matthieu. Il fut entre nos valentins convenu que le vainqueur resterait dans les limbes. En tous cas, ce classique mérite mieux qu’une apparition scandée aux rythmes des olympiades !

Séance de VENDREDI 10/02/2023 à Servel

Sr. K., Mestre Zen: Um Personagem de Bertolt Brecht - Budismo HojeEn ce 10 février, Bertolt Brecht aurait eu 125 ans, et reste considéré comme le chantre du théâtre épique, un style théâtral qui tente, par l’introduction d’un narrateur, de rendre le théâtre plus proche d’une épopée. Dans les tragédies antiques, ceci est réalisé par exemple par le chœur. Le théâtre épique s’oppose au théâtre dramatique qui, lui, cherche à captiver le spectateur par le saisissement (catharsis).

Le théâtre épique de Brecht est une rupture avec la conception du théâtre. En marxiste, il entend ses pièces comme des « instruments d’instruction, au sens de la pratique sociale révolutionnaire ». Pour pouvoir instruire, il faut déclencher le processus de réflexion. À cet effet, le spectateur doit prendre conscience du caractère illusoire du théâtre, et ne doit pas, contrairement à ce que demande la catharsis aristotélicienne, être prisonnier de l’action, avoir pitié des protagonistes, ressentir les événements comme un destin individuel. Au contraire, il doit voir la représentation comme une parabole des rapports sociaux et se demander comment les injustices présentées pourraient être modifiées. La théorie théâtrale de Brecht est politique : il voit ses pièces, écrites en exil, comme des tentatives de création d’un nouveau théâtre qui incite le spectateur à une réflexion distanciée et au questionnement.

A cette nouvelle soirée de Parties Civiles, on trouva beaucoup d’épopées, quelques drames, et pas moins de questionnements.

Table 1, dite « Têtes rondes et têtes pointues » (sous l’aimable plume de Marie-Anne) :  Partie d’initiation à Root par Fabrice, avec comme novices : Gilles, Kilian, Marie-Anne. Après une explication des règles communes, chaque joueur démarre avec un peuple aux caractéristiques et tactique de jeu spécifique. Gilles avec le peuple des oiseux des Eyries ( les oiseaux bleus) Killian avec l’alliance de la forêt (Souris vertes), Fabrice : le vagabond (mustélidé noir), et Marie-Anne avec la marquise des chats (chats oranges) Chaque faction a sa manière de jouer et de marquer des points.
La marquise des chats a commencé à prendre de l’avance visible avec les constructions (scierie et tour de recrutement), les Eyries ont commencé une vendetta, contre la marquise avec quelques coups d’alliés opportuns qu’étaient l’alliance de la forêt et le Vagabond. Gilles parvient à éviter la crise et ne change qu’une seule fois de despote à la tête de ses oiseaux. Le vagabond est surtout présent sur le territoire de la marquise, joue quelques alliances et peine à obtenir des objets car peu d’objets ont été manufacturés. L’alliance trouve difficilement ses marques malgré un beau coup pour réduire la présence de la marquise des chats. L’alliance est un peuple qui peut crée du chaos et jouer sur les équilibres des force, mais semble difficile à jouer.
Les chats de la marquise ont maintenu vaille que vaille les clairières construites, tandis que subtilement les Eyries re-construisent leurs nids. Cette action permettant à Gilles de se créer un moteur à points qui le fit rapidement et irrémédiablement prendre la tête. Une coalition tardive permis de temporiser d’un tour cette victoire. Pour cela, le vagabond sacrifia tous ses objets sur ces deux tours de jeu pour attaquer les nids et en détruire certains. L’alliance chercha à développer un peu tard sa rébellion, et la marquise était trop éloignée et à manquer de peu de finir la partie avant les Eyries.
Résultat : Gilles/les Eyries à 30 points, Marie-Anne/la marquise à 28 points, Fabrice/le vagabond à 19 points et enfin Kilian/l’alliance à 12 points.

Comment une société malade en arrive-t-elle à désigner un bouc émissaire, responsable de tous ses maux ? A travers une parabole grotesque et fantaisiste, Brecht tourne en dérision l’idéologie raciste dans une tragi-comédie musicale au pays du Grand Ibérin, où les Têtes Rondes décident d’exterminer les Têtes Pointues.
« Humaine est l’injustice mais plus humain est le combat contre l’injustice » 

Table 2, dite « Dialogues d’exilés » : à cette table on s’étale à perte de vue devant les marchés planétaires qui servent de décor à Coffee trader. Comme attendu, on y joue le négoce du café à l’ère de la  mondialisation. Benjamin, qui aime mettre en scène et commenter ses actions dans la plus pure tradition du théâtre épique, s’impose 1 petit point devant Matthieu. Neox et Xel ont apprécié ce moment d’éternité, surtout long vers la fin.

Dialogue d’exilés met en scène la rencontre de deux exilés au buffet d’une gare : Kalle, un ouvrier et Ziffel, un physicien. Autour de bières, une conversation philosophique s’installe.
« Le passeport est la partie la plus noble de l’homme. D’ailleurs un passeport ne se fabrique pas aussi simplement qu’un homme. On peut faire un homme n’importe où, le plus étourdiment du monde et sans motif raisonnable : Un passeport, jamais. »

Table 3, dite « L’opéra de quat’sous » :  à Mage Knight Marc inflige une rude défaite à Olive, par le truchement, notamment, d’un parapluie, qui n’est, pourtant, en général, pas considéré comme une arme par destination, sauf chez les bulgares.

L’opéra de quat’sous est une comédie musicale qui s’inscrit dans la logique carnavalesque, d’ambivalence et d’inversion, recourant à de multiples formes de parodie. Sa conception du temps est purement carnavalesque et les thèmes classiques de la littérature carnavalisée sont omniprésents, comme le déguisement, le « temps joyeux », ou le « bas corporel .
 » Tout ce que vous trouverez à coffrer ici, ce sont quelques jeunes gens qui veulent fêter le couronnement de leur reine en organisant un petit bal masqué. « 

Table 4, dite « Le cercle de craie » : attention, chef d’œuvre : Fred a fait l’acquisition de Terracotta Army, et s’il commence à expliquer les règles par le comptage des points, cela n’a rien d’un hasard tant celui-ci se révèle d’une redoutable complexité. Nous construisons un mausolée, qui enferme des militaires tels que soldats, officiers, arbalétriers, que l’on façonne à l’agile humide, mais aussi des chevaux, musiciens et autres serviteurs, que l’on recrute moyennant finances et talents. Toute la complexité du jeu réside dans le schéma que vont former ces différentes figures, qui rapportent des points selon différentes situations, et qui varient en plus selon les 5 phases du jeu. Pour corser le tout, les actions se programment sur un triple cercle dont deux sont des roues qui tournent et que l’on peut influencer, et chacune ne propose d’un seul emplacement par manche, à moins d’avoir recruté un « grand meeple » qui donne le privilège de s’incruster à un poste déjà pris. Cela peut être salvateur en particulier quand on se trouve en fin d’ordre du tour. Dans cette partie inaugurale, Franck, un autre adepte du théâtre épique qui aime à commenter ses actions et à tester ses hypothèses, prend un départ rapide, qui s’avèrera vite irrémédiable. Il s’impose avec 176 dans cette soirée qui consacre décidément les penchants brechtiens, suivi de Mickaël, 144, François, 128, et Fred, 125.

Dans le cercle de craie du Caucase, lors d’un attentat révolutionnaire, le gouverneur est assassiné. Son épouse fuit en abandonnant leur bébé, recueilli par une servante du palais. Mais l’enfant (héritier) est pourchassé par les révolutionnaires et la servante s’enfuit pour un long périple à travers le Caucase au cours duquel elle s’attire de nombreux ennuis à cause de l’enfant. La révolution avortée, elle est toujours traquée par les soldats qui veulent désormais rendre l’enfant à sa mère mais elle s’est attachée à lui et le considère comme son propre fils. À qui l’enfant sera-t-il accordé ? Le tribunal, dirigé par un juge extravagant, décide d’appliquer l’épreuve du cercle de craie : l’enfant est placé dans un cercle et les deux mères doivent tirer l’enfant de leur côté. La véritable mère sera-t-elle celle qui attirera l’enfant ? Non, ce sera celle qui refusera de faire du mal à l’enfant en l’écartelant.

Table 5, dite « Ventres glacés » : sous la plume de Vincent, nous retiendrons de cette partie de Massive Darkness qu’avec OlivierB, François-René et Jérôme, ils ont « vaincu sans péril mais non sans gloire, avec un centaure doré marquant l’éclat de son auréole mordorée, tandis que les squelettes tombaient sous le feu assassin de la roublarde « .

Ventres glacés est le premier film ouvertement communiste de la République de Weimar. Coécrit par Bertolt Brecht, qui supervisa l’ensemble de la production, il retrace l’histoire d’une colonie ouvrière autonome à Berlin. D’abord censuré pour « propagande communiste », il put ensuite être montré sous certaines conditions, sous la pression d’une partie de la presse. Le titre provient du dialecte berlinois kuhl (pour kühl, frais) et Wampe (ventre). Kuhle Wampe était aussi le nom d’un terrain de camping de Berlin. Le titre symbolise à la fois les difficultés du prolétariat et la vision d’espoir des auteurs incarnée par le communisme. Un des ouvriers y fait la remarque à un « nanti » que la classe aisée ne changera pas le monde, ce à quoi l’interpellé rétorque: « Qui changera alors le monde ? ». Il se voit répondre « Ceux à qui il ne plait pas ».

Table 6, dite « Irrésistible ascension » : à Tigre et Euphrate, Tristan, 15, déclara sobrement à propos de Xof, 19 : « Je lui ai appris à jouer. Il m’a appris à gagner ».

Composée de dix-sept scènes, la résistible ascension d’Arturo Ui est une parabole sur la prise de pouvoir nazi et son extension, transposée dans le milieu du crime qui s’était développé à l’époque aux États-Unis. La figure principale d’Arturo Ui représente Adolf Hitler, mais il emprunte aussi des traits à Al Capone. Dans l’épilogue, Brecht tire la leçon de la pièce : « Vous, apprenez à voir, plutôt que de rester les yeux ronds… Le ventre est encore fécond, d’où a surgi la bête immonde ».

Séance de MARDI 07/02/2023 à Servel

Du court et du long pour un mardi à deux tables.

Table 1, dite « En danseuse » : Ce soir l’armoire est inacessible, nous jouerons avec le contenu des sacs. Et dans un sac, il y a Flamme Rouge, parfait pour 5 joueurs (Xel, Thomas, Nastassia, Jakez et VHN) qui préfèrent éviter le lourd. Après un rapide rappel des règles, on se lance sur un parcours parsemé de sections de pavés (où l’aspiration ne fonctionne pas) et où une zone, suite à une averse récente, est glissante (un coureur qui se déplace de moins de cases que sa carte pour cause de congestion chute). Nastassia est désignée première joueuse, son binôme Rouleur/Sprinter prend un départ canon et enchaîne les relais efficaces pendant la première moitié de la course. Rattrapée par le peloton, elle reste néanmoins aux premières places. Ledit peloton voit les Verts (Dom) et les Roses (Jakez) accumuler les fatigues tandis que Xel efface son handicap d’être partie en dernière ligne. Le Rouleur de Jakez glisse et s’étale sur la section de pavés mouillés, heureusement sans provoquer de chute en dominos parmi les suivants. Son binôme en restera définitivement décroché tandis que les autres se gênent dans les sections étroites. Nastassia réussit à passer la ligne avec son Sprinter puis son Coureur tandis que les autres, des crampes pleins les mollets, en sont réduits à finir l’étape avec des 2 ou des 3. Belle victoire des Bleus donc, les seuls à monter sur le podium.

Les mêmes enchaînent avec Voodoo Prince, un jeu de plis où il faut faire 3 plis dans la manche, pas trop vite mais assez vite quand même : le dernier joueur en lice marque en général 2 PV là où les autres ont scoré de 6 à 10. Dom est le seul à finir deux fois sur cinq manches dans cette situation peu enviable, victime de la dernière carte de la bonne couleur de Xel (sans parler de la manche où avec 6 atouts sur 14 cartes, il lui était difficile de ne pas accumuler les plis). La retorse, un moment à la lutte avec Thomas, l’emporte avec 50 PV (Thomas 43, Nastassia & Jakez 33 et Dom 27). Après sa récente victoire à Scout, on peut observer qu’avoir cumulé de nombreuses années d’études peut donner une expérience redoutable aux jeux de cartes…

Table 2, dite « Ravageuse » : Trois motivés pour une partie longue, Marc, Olive et BenjaminF -les deux derniers quasi-novices- se lancent dans un Terraforming Mars enrichi de multiples pièces sorties d’une imprimante 3D. Les voilà donc repartis pour ravager les riches écosystèmes martiens en les transformant en un paysage familier (des routes, des usines à cochons, des entrepôts Amazon etc.).

Olivier nous a transmis ces notes, la rédaction l’en remercie : « On débute avec deux cartes de l’extension Prélude qui fournissent de l’asymétrie et des boosts de départ pour chacun. Rapidement Benjamin a une production monétaire conséquente qui lui permet de jouer pas mal de cartes assez onéreuses. Il commence par réaliser un objectif de construction avant que Marc ne s’empare des deux autres, maire et jardinier. Au déclenchement de fin de partie, il n’y a quasiment pas d’écart sur les niveaux de terraformation des joueurs. Cette situation a évolué avec les décomptes, Marc notamment qui a bien développé ses villes et forêts, l’emporte avec 86 devant Benjamin 74 et Olive 69. Tous les participants ont apprécié leur soirée et ne demandent qu’à remettre cela prochainement. En tout cas c’est tendu du slip (c’est pour cela que je finis à 69!!) il ne faut pas négliger l’aspect course sur les objectifs et récompenses. »

Séance de VENDREDI 03/02/2023 à Servel

Le 3 février 1962 l’embargo des États-Unis contre Cuba était mis en place à la suite de nationalisations expropriant des compagnies américaines. Il est aujourd’hui toujours actif, ce qui en fait le plus long embargo commercial de l’époque contemporaine, mais, depuis 2000, les produits alimentaires sont exemptés d’embargo. Pendant la présidence de Barack Obama, les exportations de médicaments sont redevenues légales, bien qu’encore soumises à de lourdes restrictions. Sous la présidence de Donald Trump 240 sanctions sont au contraire mises en place et, 9 jours avant la fin de son mandat, il classera l’île dans les groupes terroristes.

61 ans plus tard, guerres et commerce faisaient rage à cette soirée de Parties Civiles.

Table 1, dite « Embargo climatique » :  Xel et Neox enchaînent à Weather Machine, la dernière création de Vital Lacerda, dans le sillage du vendredi précédent. A deux, on a plus d’espace pour choisir ses emplacements, mais aussi moins d’opportunités pour libérer le climat de son embargo à l’heure anthropocène. C’est Neox qui impose sa loi avant que la table ne bascule en mode papotage.

Table 2, dite « Libre commerce » : à cette table du trop méconnu Container, on joue la mondialisation, produisant des ressources, les chargeant dans les entrepôts, qu’on vient ensuite charger dans des bateaux pour enfin les mettre aux enchères une fois sur l’île. Point crucial, la valeur de chaque marchandise varie selon les joueurs, et, encore plus important, la ressource majoritaire de chaque joueur est supprimée de son score ! Ces règles retorses obligent à de savants calculs et d’audacieux paris, ce qui n’est pas toujours facile dans une ambiance rythmée par le cliquetis des jetons de Doc Nico, ambianceur de la soirée, qui termine la jeu avec Axel Bauer et son Cargo de nuit en instrumental ! Thomas (137) fit le bon en se refusant à charger dans son entrepôt, qu’il garda minuscule, la moindre cargaison. Ce refus de participer à l’effort collectif lui permit d’économiser des actions et de faire des ventes lucratives. Dom (117), François (113) et Doc Nico (109) terminent dans un mouchoir de poche, tandis que Olive (64) ferme la marche.

Table 3, dite « Une si longue attente » : à Res Arcana, Baptiste l’emporte à l’arraché devant Steven, sur un écart de 2 points.

Table 4, dite « Bipolaire » : à Twilight struggle, on reprend les mêmes et on recommence, mais en changeant de camps : les Américains (cette fois-ci joués par Mickaël) se font surprendre par les Russes (Tristan) qui ont pris e contrôle de l’Europe.

Table 5, dite « Échappées belles » : Lise remporte coup sur coup une partie de Sub Terra dont elle sort seule survivante, puis de Tokaïdo où, avec 80, elle surclasse ses rivaux (Jakez, Morgane et Jeff), tous entre 60 et 64.

Table 6, dite « En rouge et noir » : à Massive Darkness, l’archange Michel sort libéré de la corruption des enfers. Un beau travail d’équipe, signé Olivier B, Fred et François-René.

Table 7, dite « Clap de fin » : le populaire Scout fait office de clap de fin, table que Xel surclasse avec 46, gagnant 3 des 4 manches. François (24) et Thomas (17) ont lâché prise tandis que Dom (7), tel un joueur de tango à contretemps, sombra régulièrement dans les affres d’un mauvais timing à ce jeu où le tempo est roi.

Séance de MARDI 31/01/2023 à Servel

9 joueurs pour 3 tables, avec des saveurs allant du sucré à l’amer.

Table 1, dite « Knock-out » : Une nouvelle table d’Akropolis rassemble Olive, Marc et Mathieu. Le jeu est familial par sa longueur et sa difficulté, et pas folichon par son look sans fioritures. Le trio enchaîne trois parties, toutes remportées par Mathieu. Selon lui, tout consiste à bien choisir le type de tuiles où optimiser son scoring.

Table 2, dite « Souvenir de notre caravane » : Réclamé par certains depuis son retour récent sur les tables de l’association, les Voyages de Marco Polo embarquent Neox, Jakez, Nastassia et VHN dans un envoûtant voyage au long cours sur les routes de la soie, dans des parfum d’encens et de bouse de chameau (moyen de transport universel pour traverser l’Asie centrale). En fait non, cela sentait plutôt les crêpes, courtesy of un ange bienveillant en table 3. Utilisant un « placement de dé » bien conçu, le jeu se caractérise aussi par ses personnages ayant chacun un pouvoir qui semble trop puissant à tous les joueurs qui ne l’ont pas tiré ! Ajoutons qu’il arrive qu’aller occuper un emplacement en début de manche, avec innocence ou vice, laisse un goût amer chez les adversaires qui voient leurs plans contrariés.

Ce soir Nastassia pouvait voyager d’oasis en oasis mais put peu le valoriser faute d’objectifs de voyage appropriés. Nicolas disposait d’un dé supplémentaire mais, assis à gauche de Dom il soupira beaucoup. Ledit Dom se goinfra de ressources gratuites et joua une partie équilibrée, scorant 6 contrats (contre 7 à Neox) et plaçant 8 comptoirs sur 9 sur le plateau. Jakez enfin partit de Beijing : non seulement cela lui assurait 10 PV mais il n’eut qu’un pas à faire pour pouvoir utiliser une tuile lui laissant activer au début de chaque manche n’importe quelle tuile du plateau. Ainsi il cumula plusieurs fois 3 PV ce qui, couplé à quelques contrats juteux, lui fit prendre une avance décisive au score. Il l’emporte avec 70 PV, Dom 65, Neox 50 et Nastassia 36.

Table 3, dite « Merci pour ce moment » : Prestement composée à l’appel de Thomas, cette table qui convoque A Study in Emerald (2e ed.) réveille de vieux souvenirs de Wallaciens chez certains, et a pour d’autres le parfum de la découverte. Nous sommes en équipes, 3 contre 2 à rôles cachés (loyalistes contre restaurateurs), mais, si chacune a ses bonus collectifs, la victoire est bien individuelle à ce jeu aux mécanismes subtils, qui mêle avec audace l’univers de Cthulhu et celui de Sherlock Holmes.

Au mitan de la partie, un autre parfum ne tarde pas à embaumer la table: celui des crêpes confectionnées par Marie-Anne. Leur dégustation suspendra pour un temps l’intense concentration des joueurs, plongés dans le délice d’un bonheur simple comme la Bretagne, avec, pour exhausteur, ce goût inimitable de beurre salé qui forge les souvenirs. Vers ce même moment, autour des joueurs, un triangle se forme issu des tables défaites, qui résonne autour du pentagone formé par les loyalistes et les restaurateurs, dans une polyphonie madrée. Mais que s’est-il passé jusque là ? Si peu, quelques cartes glanées, des déplacements furtifs d’agents, quelques coups bas, mais de ceux dont on se relève. A la manière de ces finales olympiques de poursuite cycliste, chacun attend que l’autre se dévoile. Il devient bientôt clair que François est un loyaliste, Thomas probablement aussi, tandis que les agissements parfois fourbes de Marie-Anne la situent dans le camp adverse.

Alors que la nuit s’effiloche en une interminable pente douce, François prend les devants, assassinant de sang-froid un des agents d’Evan pour un butin de 3 PV qui, on ne le sait pas encore (mais lui le pressent), pèsera lourd au décompte. Thomas prend le parti inverse, et choisit d’occire les supplétifs de Xel (qui en pousse bien sûr des cris d’orfraie). Il commet ce forfait sur la foi d’une interprétation toute personnelle (si Evan achète autant de cartes Assassins, c’est bien sûr pour se jeter sur les restaurateurs). François, pour sa part, a pris le parti inverse : Evan est définitivement un restaurateur, et il s’arme pour tuer les monstres à venir.
Sûr de son fait, Thomas force l’allure et déclenche la fin de partie à toute berzingue ! Mais, contrairement au cyclisme, celui qui franchit la ligne n’est pas, à ce jeu, un vainqueur assuré s’il a mal calculé son coup. Et en effet, à son grand dam, Xel est bien dans le camp de Thomas, c’est François qui avait vu juste, et qui, à la faveur d’une stratégie maîtrisée, l’emporte avec 18 ! Thomas, 17, est le dindon de cette farce. Xel, 12 et Marie-Anne, 11, ont fait le pari perdant de s’ouvrir tous les possibles pour au final ne jamais parier quand Evan, 6, ferme la marche, victime de vents contraires. A-t-il au moins dégusté une crêpe ? On n’en a pas le souvenir. Pour les autres, cette partie restera comme un moment proustien nourri des effluves de paroles, des langueurs du jeu, du beurre salé des crêpes.
« Mais, quand d’un passé ancien rien ne subsiste, après la mort des êtres, après la destruction des choses, seules, plus frêles mais plus vivaces, plus immatérielles, plus persistantes, plus fidèles, l’odeur et la saveur restent encore longtemps, comme des âmes, à se rappeler, à attendre, à espérer, sur la ruine de tout le reste, à porter sans fléchir, sur leur gouttelette presque impalpable, l’édifice immense du souvenir »