Séance de VENDREDI 10/03/2023 à Servel

Le 11 mars 2011 à 5 h 46 UTC avait lieu le plus important séisme mesuré au Japon. Son épicentre se situe à 300 km au nord-est de Tokyo. Le séisme a entraîné un arrêt automatique des réacteurs en service de la centrale nucléaire de Fukushima, la perte accidentelle de l’alimentation électrique et le déclenchement des groupes électrogènes. L’observation d’émissions de xénon, avant même la première dépressurisation volontaire du premier  réacteur, indique des dommages structurels probables dans la partie nucléaire des installations immédiatement après le séisme.

51 minutes plus tard, un tsunami provoqué par le tremblement de terre aborde la côte orientale. La vague atteint une hauteur de 30 m par endroits (15 m à la hauteur de la centrale), parcourant jusqu’à 10 km à l’intérieur des terres, ravageant 600 km de côtes et détruisant partiellement ou totalement de nombreuses villes et zones portuaires. À la suite du tsunami, des groupes électrogènes de secours sont tombés en panne. Des débris ont pu obstruer des prises d’eau. Ces défaillances, couplées à plusieurs erreurs humaines, ont causé l’arrêt des systèmes de refroidissement de secours des réacteurs nucléaires ainsi que ceux des piscines de désactivation des combustibles irradiés. Le défaut de refroidissement des réacteurs a induit la fusion totale du cœur d’au moins deux réacteurs nucléaires puis d’importants rejets radioactifs.

Une BD très documentée fait le récit de la catastrophe, qui fut exposée il y a quelques temps à la médiathèque de Lannion.

12 ans après (heure de Chicago), un tsunami de joueurs en fusion envahissait une brûlante soirée de Parties Civiles.

Table 1, dite « Chronique d’une mort annoncée » : Ghost stories se solde en général par la déconfiture des joueurs, prêtres taoïstes qui ont la dure mission de protéger le village de l’armée des ombres qui se prépare à l’envahir. Une fois encore, Xel, Jérôme et Baptiste se sont fait rattraper par les fantômes.

Table 2, dite « Le monde du silence » : c’est, grâce à Dom (inspiré par la fin du confinement en Chine ?), le grand retour de L’année du dragon qui n’avait plus été aperçu sur nos tables depuis 5 longues années. Un jeu où il s’agit d’échapper à une série de catastrophes (épidémie, famine, guerre…) où il ne manque que l’accident nucléaire, et qui s’enchaînent au long des 12 mois de l’année du dragon. La planification est essentielle car ces événements sont connus à l’avance, mais les moyens de s’en prémunir dépendent fortement des serviteurs que l’on recrute à raison d’un nouveau chaque mois, et d’un ordre du tour qui peut déjouer les plans les mieux établis. Dom fait rapidement la course en tête, et se trouve plus souvent qu’à son tour premier joueur, ce qui lui permet de contrarier les plans de s’en adversaire, et il ne s’en cache même pas, faisant partie de ces joueurs qui commentent le cheminement de leur propre pensée. Mais il commet à la fin du printemps une erreur de débutant, qui lui impose de licencier des serviteurs sans cause réelle ni sérieuse, ce qui lui coutera certainement une victoire promise (on saluera à l’occasion son fair-play: il ne demanda aucun rollback). De son côté, François, après un départ poussif, fomente en silence, l’été venu, un plan à triple détente : recruter un artificier, un médecin, et, surtout, deux bouddhas qui lui apporteront 12 PV. Avec 97, il engrange une victoire de prestige devant Dom (89).  Quant à Thomas, 83, frappé par le délabrement de ses temples, et Evan, 72, victime d’une stratégie insuffisamment diversifiée (il termine avec 7 fusées !), ils n’en peuvent mais.

Table 3, dite « Équilibre de la terreur  » : Twilight Struggle n’en finit plus de faire des émules, et c’est Frank la victime du jour, américain trop tendre face à Mickaël, un soviétique déterminé et tout à son rêve d’empire.

Table 4, dite « Énergie renouvelable » : Fred, François-René, Olivier B et Neox se lancent à la poursuite d’un corps étranger à Alien et voient leur quête aboutir, comme toujours depuis qu’ils l’entreprennent, soulignent-ils. Enhardis, ils se  lancent ensuite dans Heat, où François-René fut le plus intrépide des vainqueurs, et Fred le plus timoré des vaincus.

Table 5, dite « Tsunami mortel  » : un Sub Terra récupère des joueurs issus de tables éparses comme Thomas, Fred et François-René, parmi lesquels 2 seuls sur 6 échappèrent à la noyade collective d’un tsunami mortel.

DefaultTable 6, dite « Alerte rouge » : Dom propose à François de découvrir Watergate et reçoit une réponse teintée de l’enthousiaste du débutant, aussitôt attaché aux basques de Nixon en prenant la tête des journalistes avides de pousser le Président dans ses derniers retranchements. Il faut à un mouvement de pouvoir relier Nixon à deux témoins, ce qui aurait scellé sa victoire, mais la carte promise n’arriva jamais. Des on côté, Nixon alignait les pions rouges en faisant usage de la force brute que lui donnaient des cartes puissantes de conspirateurs, qu’il utilisa pour leur force, stratégie permise par le dévoilement précoce des témoins par l’équipe des journalistes, qui fut probablement la clé du jeu. Lors de la manche décisive, il fallait une carte de force 3 à Dom pour poser son cinquième pion rouge synonyme de victoire, et il en avait une de force 4 dans sa manche. Voilà qui donne envie de lire Les hommes du Président du duo Bernstein/ Woodward à l’origine de l’enquête qui fit tomber le 37ième Président  (on conseillera au lecteur à la recherche d’actualités plus récentes le Peur du même Woodward sur la présidence N°45, celle de Trump). Notons enfin que le titre français de l’ouvrage des journalistes du Washington Post masque, exemple parfait d’un « Lost in translation« , l’emprunt du titre anglais (« All the President’s men« ) à la célèbre comptine Humpty Dumpty, qui se présente souvent comme une énigme, dont la solution est « un œuf » (représentation classique de Humpty Dumpty)… ou un Président de la première puissance mondiale :

Humpty Dumpty sat on a wall.
Humpty Dumpty had a great fall.
All the king’s horses and all the king’s men
Couldn’t put Humpty together again.

Table 7, dite « Sous les flots » : Le monde de Narak voit Eve (76) atteindre la première le temple au grand dam de Marc (60), laissé à mille lieues de Venise, seul dans le désert d’où retentissent les rugissements du lion.

Table 8, dite « Communications abouties  » : en fin de soirée, on sort Mot malin où Xel, Gilles et Jérôme signent le score collectif de 17/25, qualifié d’excellent. Votre chroniqueur assista en fin de partie à la méprise d’un joueur qui s’était trompé de case, mais le mot qu’il avait choisi pour Indice (Spaghetti) entrait en étrange résonance avec celui de la case visée : Pelle / Élastique.

Table 9, dite « Dérives continentales » : pendant que les tablées entières dérivaient par continents vers ses gâteaux maison, Marie-Anne était embarquée dans un Kepler 3042 qu’elle perdit (38), devançant de peu Alex (37). Plus loin sur la table de marque, Benjamin (51) s’impose face à Samuel (48).

Séance de VENDREDI 03/03/2023 à Servel

Né le 3 mars 1847, fils d’un éducateur de sourds-muets, Graham Bell inventa le téléphone en cherchant un moyen de faire entendre les sourds. Il est à l’origine de nombreuses autres inventions et figure parmi les grands inventeurs du XIXe siècle. En son anniversaire, à Parties Civiles, il n’y avait pas besoin de se téléphoner pour s’entendre.

Table 1, dite « Haut débit » : à Ark Nova Tristan dynamite ses rivaux, Samuel et Mickaël, en mettant le turbo sur la fin.

Table 2, dite « Café-crème » : à Grand Austria Hotel Fred (151) survole les débats pour sa première partie. Dom (131), François (130) et Olive (102) en ont été estomaqués.

Table 3, dite « Téléphone rouge  » : le populaire Twilight Struggle fait des émules, ici Killian, qui, depuis Moscou, décroche son téléphone rouge pour entamer les hostilités avec Jack, l’américain, qui aura raison de lui.

Table 4, dite « Ligne claire » : à Dig out François-René s’impose face à une ribambele de joueurs, et un spectateur, Neox, qui n’a pas trouvé sa victoire téléphonée.

Table 5, dite « Sourds et malentendants  » : un Codenames clôt cette soirée, en version commerciale, et non domifiée.  Les bleus (Dom, François, Mickaël, Thomas) s’imposent 2-0 avec une jolie intuition sur Marianne (Coq, Timbre). En face, les rouges (François-René, Fred, Olive, Tristan) ont multiplié les signes du malentendant – en particulier dans une deuxième manche où ils se sont perdus entre un punch et un cocktail.

Séance de MARDI 28/02/2023 à Servel

En ce 28 février, on fêtait la naissance de Thomas, non, pas le saint, le nôtre ! Et parce que nous sommes civils, il y avait un gâteau maison de Marie-Anne (miel citron, un régal) et quelques pommes fermentées pressées !

Table 1, dite « Lune de miel » : Olive et Dom s’installent pour un Ark Nova sur les plateaux « faciles » face A. Olive déploie tôt deux Mécènes qui lui rapporteront tout au long de la partie tandis que Dom, suivant les projets de conservation affichés, tente de récupérer des badges Afrique. Il poursuit avec un vivarium qu’il va peu à peu remplir de reptiles divers, heureusement que Olive a acquis une immunité contre les venins, constrictions et autres gentillesses. Sur la double piste convergente qui caractérise le jeu, Dom prend de l’avance côté attrait et Olive côté conservation. Le premier déclenche la fin de partie en croisant tout juste ; Olive, joueur expérimenté déploie alors un festival : un projet de conservation à 3 points qu’il gardait en main depuis un long moment, plusieurs Mécènes à 1 point et un objectif personnel rapportant 3 points. Dom l’emporte sur un serré 8 à 4 et repart en notant que la gestion du tempo de fin de partie est une subtilité de ce gros jeu.

Table 2, dite « Citrons pressés » : Marie-Anne revisite les classiques et n’a pas perdu la main : à Agricola elle presse le citron de ses adversaires et s’impose d’un zeste (46 à 44) face au valeureux Matthieu. Evan (22) apprend à ses dépends que l’agriculture est affaire de tradition et longueur de temps.

Table 3, dite « Libations fermentées  » : pour son anniversaire, Thomas était évidemment gratifié d’une partie de Brass:Birmingham – la version où la bière joue un rôle décisif. Avec 156, il perdit cette partie devancé au départage par Neox, mais coup de théâtre du décompte, c’est Xel qui l’emporte avec 160 grâce à ses 49 points de rails. François, avec 132, a fait belle figure, mais  reste au pied du podium : dans cette partie à haute intensité, la perfection était demandée pour monter sur la caisse.

Séance de VENDREDI 17/02/2023 à Servel

Le 17 février 1600, Giordano Bruno était brûlé vif au terme de huit années de procès, accusé formellement d’athéisme et d’hérésie par l’Inquisition, d’après ses écrits jugés blasphématoires (où il proclame en outre que Jésus-Christ n’est pas Dieu mais un simple « mage habile », que le Saint-Esprit est l’âme de ce monde, que Satan sera finalement sauvé) et poursuivi pour son intérêt pour la magie. Le frère dominicain toucha également à la philosophie (l’infini), la physique (la relativité), la cosmologie (l’héliocentrisme), et reste célèbre pour la relativité du mouvement. En montrant qu’on ne peut envisager le mouvement d’un corps dans l’absolu, mais seulement de manière relative en relation avec un système de référence, Bruno ouvre la voie aux travaux de Galilée. Ce principe au fondement du référentiel inertiel, l’est encore pour la théorie de la relativité restreinte.

« Toutes choses qui se trouvent sur la Terre se meuvent avec la Terre. La pierre jetée du haut du mât reviendra en bas, de quelque façon que le navire se meuve. » (Le Banquet des cendres).

The Forbidden World | The New Yorker

423 ans après, aux tables de Parties Civiles, on pratiquait aussi l’éclectisme.

Marrakesh (City Collection #4)Table 1, dite « Héliocentrique » : Partie découverte sous le soleil de Marrakesh – la dernière incursion dans les villes du prolifique Stefan Feld – sous la houlette de Neox mais la diction de Dom, qui nous apprend que ce jeu de placement d’ouvriers recèle de subtils mécanismes : chacun dispose d’un plateau et de 12 actions symbolisées par 12 couleurs, qu’il effectuera chacune une fois par manche. Ces actions sont bonifiées par des kéchis, également aux 12 couleurs, qu’on récupère en début de manche par glissement de tous les kéchis choisis par les joueurs dans une tour qui peut en bloquer certains ! Tout l’art du jeu réside dans le timing de réalisation des actions par rapport aux kéchis et les positions semblent infinies. La diversification paie, en principe, mais c’est pourtant Dom qui, focalisé presque uniquement sur la rivière, avec une carte combinant à merveille avec cette action, marche sur l’eau et ses adversaires, avec 166 PV ! Suivent en tir groupé François, 125, Mickaël, 120, et Neox, 110.

Table 2, dite « L’âme du monde » : à cette table de Ark Nova on tente, comme au dernier jour, de sauver des animaux. Eve s’y connaît, battant 13 à 12 Marc, lion sans griffes, tandis que Olive assiste à leur duel derrière les grilles du zoo.

Table 3, dite « Cosmologique » :  l’univers est-il en expansion ? Bruno aurait dit non, mais Dune imperium prend ses aises avec une extension. Fred s’en sort le mieux, battant Lucie sur le fil. Les deux Olivier ont assisté à leur duel depuis le camp de base.

Table 4, dite « Jeudi noir » : à Schwarzer Freitag, trois ex-aequo, Xel, JiBee et Baptiste, ce dernier vainqueur au départage par l’argent. Pour Tristan et Thomas, en revanche, cette partie avait tout du vendredi noir. Un Scout n’a pas été de trop pour se départir de leur déconvenue.

Séance de MARDI 14/02/2023 à Servel

Table 1, dite « Olympique » : 4 ans après sa dernière apparition sur nos tables, qui comblait un vide d’également 4 ans après son apparition précédente (et exactement 25 ans après la médaille de bronze en patinage artistique aux JO de Nagano de Philippe Candeloro), Age of Steam était de nouveau convoqué à la table de Parties Civiles, avec Xel, Thomas, Marie-Anne et Matthieu. Il fut entre nos valentins convenu que le vainqueur resterait dans les limbes. En tous cas, ce classique mérite mieux qu’une apparition scandée aux rythmes des olympiades !

Séance de VENDREDI 10/02/2023 à Servel

Sr. K., Mestre Zen: Um Personagem de Bertolt Brecht - Budismo HojeEn ce 10 février, Bertolt Brecht aurait eu 125 ans, et reste considéré comme le chantre du théâtre épique, un style théâtral qui tente, par l’introduction d’un narrateur, de rendre le théâtre plus proche d’une épopée. Dans les tragédies antiques, ceci est réalisé par exemple par le chœur. Le théâtre épique s’oppose au théâtre dramatique qui, lui, cherche à captiver le spectateur par le saisissement (catharsis).

Le théâtre épique de Brecht est une rupture avec la conception du théâtre. En marxiste, il entend ses pièces comme des « instruments d’instruction, au sens de la pratique sociale révolutionnaire ». Pour pouvoir instruire, il faut déclencher le processus de réflexion. À cet effet, le spectateur doit prendre conscience du caractère illusoire du théâtre, et ne doit pas, contrairement à ce que demande la catharsis aristotélicienne, être prisonnier de l’action, avoir pitié des protagonistes, ressentir les événements comme un destin individuel. Au contraire, il doit voir la représentation comme une parabole des rapports sociaux et se demander comment les injustices présentées pourraient être modifiées. La théorie théâtrale de Brecht est politique : il voit ses pièces, écrites en exil, comme des tentatives de création d’un nouveau théâtre qui incite le spectateur à une réflexion distanciée et au questionnement.

A cette nouvelle soirée de Parties Civiles, on trouva beaucoup d’épopées, quelques drames, et pas moins de questionnements.

Table 1, dite « Têtes rondes et têtes pointues » (sous l’aimable plume de Marie-Anne) :  Partie d’initiation à Root par Fabrice, avec comme novices : Gilles, Kilian, Marie-Anne. Après une explication des règles communes, chaque joueur démarre avec un peuple aux caractéristiques et tactique de jeu spécifique. Gilles avec le peuple des oiseux des Eyries ( les oiseaux bleus) Killian avec l’alliance de la forêt (Souris vertes), Fabrice : le vagabond (mustélidé noir), et Marie-Anne avec la marquise des chats (chats oranges) Chaque faction a sa manière de jouer et de marquer des points.
La marquise des chats a commencé à prendre de l’avance visible avec les constructions (scierie et tour de recrutement), les Eyries ont commencé une vendetta, contre la marquise avec quelques coups d’alliés opportuns qu’étaient l’alliance de la forêt et le Vagabond. Gilles parvient à éviter la crise et ne change qu’une seule fois de despote à la tête de ses oiseaux. Le vagabond est surtout présent sur le territoire de la marquise, joue quelques alliances et peine à obtenir des objets car peu d’objets ont été manufacturés. L’alliance trouve difficilement ses marques malgré un beau coup pour réduire la présence de la marquise des chats. L’alliance est un peuple qui peut crée du chaos et jouer sur les équilibres des force, mais semble difficile à jouer.
Les chats de la marquise ont maintenu vaille que vaille les clairières construites, tandis que subtilement les Eyries re-construisent leurs nids. Cette action permettant à Gilles de se créer un moteur à points qui le fit rapidement et irrémédiablement prendre la tête. Une coalition tardive permis de temporiser d’un tour cette victoire. Pour cela, le vagabond sacrifia tous ses objets sur ces deux tours de jeu pour attaquer les nids et en détruire certains. L’alliance chercha à développer un peu tard sa rébellion, et la marquise était trop éloignée et à manquer de peu de finir la partie avant les Eyries.
Résultat : Gilles/les Eyries à 30 points, Marie-Anne/la marquise à 28 points, Fabrice/le vagabond à 19 points et enfin Kilian/l’alliance à 12 points.

Comment une société malade en arrive-t-elle à désigner un bouc émissaire, responsable de tous ses maux ? A travers une parabole grotesque et fantaisiste, Brecht tourne en dérision l’idéologie raciste dans une tragi-comédie musicale au pays du Grand Ibérin, où les Têtes Rondes décident d’exterminer les Têtes Pointues.
« Humaine est l’injustice mais plus humain est le combat contre l’injustice » 

Table 2, dite « Dialogues d’exilés » : à cette table on s’étale à perte de vue devant les marchés planétaires qui servent de décor à Coffee trader. Comme attendu, on y joue le négoce du café à l’ère de la  mondialisation. Benjamin, qui aime mettre en scène et commenter ses actions dans la plus pure tradition du théâtre épique, s’impose 1 petit point devant Matthieu. Neox et Xel ont apprécié ce moment d’éternité, surtout long vers la fin.

Dialogue d’exilés met en scène la rencontre de deux exilés au buffet d’une gare : Kalle, un ouvrier et Ziffel, un physicien. Autour de bières, une conversation philosophique s’installe.
« Le passeport est la partie la plus noble de l’homme. D’ailleurs un passeport ne se fabrique pas aussi simplement qu’un homme. On peut faire un homme n’importe où, le plus étourdiment du monde et sans motif raisonnable : Un passeport, jamais. »

Table 3, dite « L’opéra de quat’sous » :  à Mage Knight Marc inflige une rude défaite à Olive, par le truchement, notamment, d’un parapluie, qui n’est, pourtant, en général, pas considéré comme une arme par destination, sauf chez les bulgares.

L’opéra de quat’sous est une comédie musicale qui s’inscrit dans la logique carnavalesque, d’ambivalence et d’inversion, recourant à de multiples formes de parodie. Sa conception du temps est purement carnavalesque et les thèmes classiques de la littérature carnavalisée sont omniprésents, comme le déguisement, le « temps joyeux », ou le « bas corporel .
 » Tout ce que vous trouverez à coffrer ici, ce sont quelques jeunes gens qui veulent fêter le couronnement de leur reine en organisant un petit bal masqué. « 

Table 4, dite « Le cercle de craie » : attention, chef d’œuvre : Fred a fait l’acquisition de Terracotta Army, et s’il commence à expliquer les règles par le comptage des points, cela n’a rien d’un hasard tant celui-ci se révèle d’une redoutable complexité. Nous construisons un mausolée, qui enferme des militaires tels que soldats, officiers, arbalétriers, que l’on façonne à l’agile humide, mais aussi des chevaux, musiciens et autres serviteurs, que l’on recrute moyennant finances et talents. Toute la complexité du jeu réside dans le schéma que vont former ces différentes figures, qui rapportent des points selon différentes situations, et qui varient en plus selon les 5 phases du jeu. Pour corser le tout, les actions se programment sur un triple cercle dont deux sont des roues qui tournent et que l’on peut influencer, et chacune ne propose d’un seul emplacement par manche, à moins d’avoir recruté un « grand meeple » qui donne le privilège de s’incruster à un poste déjà pris. Cela peut être salvateur en particulier quand on se trouve en fin d’ordre du tour. Dans cette partie inaugurale, Franck, un autre adepte du théâtre épique qui aime à commenter ses actions et à tester ses hypothèses, prend un départ rapide, qui s’avèrera vite irrémédiable. Il s’impose avec 176 dans cette soirée qui consacre décidément les penchants brechtiens, suivi de Mickaël, 144, François, 128, et Fred, 125.

Dans le cercle de craie du Caucase, lors d’un attentat révolutionnaire, le gouverneur est assassiné. Son épouse fuit en abandonnant leur bébé, recueilli par une servante du palais. Mais l’enfant (héritier) est pourchassé par les révolutionnaires et la servante s’enfuit pour un long périple à travers le Caucase au cours duquel elle s’attire de nombreux ennuis à cause de l’enfant. La révolution avortée, elle est toujours traquée par les soldats qui veulent désormais rendre l’enfant à sa mère mais elle s’est attachée à lui et le considère comme son propre fils. À qui l’enfant sera-t-il accordé ? Le tribunal, dirigé par un juge extravagant, décide d’appliquer l’épreuve du cercle de craie : l’enfant est placé dans un cercle et les deux mères doivent tirer l’enfant de leur côté. La véritable mère sera-t-elle celle qui attirera l’enfant ? Non, ce sera celle qui refusera de faire du mal à l’enfant en l’écartelant.

Table 5, dite « Ventres glacés » : sous la plume de Vincent, nous retiendrons de cette partie de Massive Darkness qu’avec OlivierB, François-René et Jérôme, ils ont « vaincu sans péril mais non sans gloire, avec un centaure doré marquant l’éclat de son auréole mordorée, tandis que les squelettes tombaient sous le feu assassin de la roublarde « .

Ventres glacés est le premier film ouvertement communiste de la République de Weimar. Coécrit par Bertolt Brecht, qui supervisa l’ensemble de la production, il retrace l’histoire d’une colonie ouvrière autonome à Berlin. D’abord censuré pour « propagande communiste », il put ensuite être montré sous certaines conditions, sous la pression d’une partie de la presse. Le titre provient du dialecte berlinois kuhl (pour kühl, frais) et Wampe (ventre). Kuhle Wampe était aussi le nom d’un terrain de camping de Berlin. Le titre symbolise à la fois les difficultés du prolétariat et la vision d’espoir des auteurs incarnée par le communisme. Un des ouvriers y fait la remarque à un « nanti » que la classe aisée ne changera pas le monde, ce à quoi l’interpellé rétorque: « Qui changera alors le monde ? ». Il se voit répondre « Ceux à qui il ne plait pas ».

Table 6, dite « Irrésistible ascension » : à Tigre et Euphrate, Tristan, 15, déclara sobrement à propos de Xof, 19 : « Je lui ai appris à jouer. Il m’a appris à gagner ».

Composée de dix-sept scènes, la résistible ascension d’Arturo Ui est une parabole sur la prise de pouvoir nazi et son extension, transposée dans le milieu du crime qui s’était développé à l’époque aux États-Unis. La figure principale d’Arturo Ui représente Adolf Hitler, mais il emprunte aussi des traits à Al Capone. Dans l’épilogue, Brecht tire la leçon de la pièce : « Vous, apprenez à voir, plutôt que de rester les yeux ronds… Le ventre est encore fécond, d’où a surgi la bête immonde ».

Séance de VENDREDI 03/02/2023 à Servel

Le 3 février 1962 l’embargo des États-Unis contre Cuba était mis en place à la suite de nationalisations expropriant des compagnies américaines. Il est aujourd’hui toujours actif, ce qui en fait le plus long embargo commercial de l’époque contemporaine, mais, depuis 2000, les produits alimentaires sont exemptés d’embargo. Pendant la présidence de Barack Obama, les exportations de médicaments sont redevenues légales, bien qu’encore soumises à de lourdes restrictions. Sous la présidence de Donald Trump 240 sanctions sont au contraire mises en place et, 9 jours avant la fin de son mandat, il classera l’île dans les groupes terroristes.

61 ans plus tard, guerres et commerce faisaient rage à cette soirée de Parties Civiles.

Table 1, dite « Embargo climatique » :  Xel et Neox enchaînent à Weather Machine, la dernière création de Vital Lacerda, dans le sillage du vendredi précédent. A deux, on a plus d’espace pour choisir ses emplacements, mais aussi moins d’opportunités pour libérer le climat de son embargo à l’heure anthropocène. C’est Neox qui impose sa loi avant que la table ne bascule en mode papotage.

Table 2, dite « Libre commerce » : à cette table du trop méconnu Container, on joue la mondialisation, produisant des ressources, les chargeant dans les entrepôts, qu’on vient ensuite charger dans des bateaux pour enfin les mettre aux enchères une fois sur l’île. Point crucial, la valeur de chaque marchandise varie selon les joueurs, et, encore plus important, la ressource majoritaire de chaque joueur est supprimée de son score ! Ces règles retorses obligent à de savants calculs et d’audacieux paris, ce qui n’est pas toujours facile dans une ambiance rythmée par le cliquetis des jetons de Doc Nico, ambianceur de la soirée, qui termine la jeu avec Axel Bauer et son Cargo de nuit en instrumental ! Thomas (137) fit le bon en se refusant à charger dans son entrepôt, qu’il garda minuscule, la moindre cargaison. Ce refus de participer à l’effort collectif lui permit d’économiser des actions et de faire des ventes lucratives. Dom (117), François (113) et Doc Nico (109) terminent dans un mouchoir de poche, tandis que Olive (64) ferme la marche.

Table 3, dite « Une si longue attente » : à Res Arcana, Baptiste l’emporte à l’arraché devant Steven, sur un écart de 2 points.

Table 4, dite « Bipolaire » : à Twilight struggle, on reprend les mêmes et on recommence, mais en changeant de camps : les Américains (cette fois-ci joués par Mickaël) se font surprendre par les Russes (Tristan) qui ont pris e contrôle de l’Europe.

Table 5, dite « Échappées belles » : Lise remporte coup sur coup une partie de Sub Terra dont elle sort seule survivante, puis de Tokaïdo où, avec 80, elle surclasse ses rivaux (Jakez, Morgane et Jeff), tous entre 60 et 64.

Table 6, dite « En rouge et noir » : à Massive Darkness, l’archange Michel sort libéré de la corruption des enfers. Un beau travail d’équipe, signé Olivier B, Fred et François-René.

Table 7, dite « Clap de fin » : le populaire Scout fait office de clap de fin, table que Xel surclasse avec 46, gagnant 3 des 4 manches. François (24) et Thomas (17) ont lâché prise tandis que Dom (7), tel un joueur de tango à contretemps, sombra régulièrement dans les affres d’un mauvais timing à ce jeu où le tempo est roi.

Séance de VENDREDI 27/01/2023 à Servel

La National Geographic Society fut fondée le 27 janvier 1888. Cette organisation scientifique et éducative non lucrative américaine vise à accroître et diffuser les connaissances géographiques, puis s’étend à l’archéologie, les sciences naturelles, à la promotion de l’environnement, la protection historique et l’étude des cultures et de l’histoire du monde. L’ensemble de ses publications, dont le célèbre magazine à couverture jaune,  touche chaque mois 360 millions de personnes dans le monde.

135 ans plus tard, à Lannion, on se déployait dans toutes les zones géographiques par la magie des jeux de plateau.

Weather MachineTable 1, dite « Dystopie du présent » :  Du gros jeu pour ce vendredi qui prend la forme de Weather Machine, la dernière création de Vital Lacerda (Vinhos, Lisboa, The Gallerist). Avec un thème steampunk-apocalyptique assez artificiel, il s’agit pour Neox, Xel, Fred et Dom de faire de la R&D et fabriquer des machines compliquées pour réparer une météo déréglée (quel Amish a crié « haro sur le technosolutionnisme » au fond de la salle ?). Pour ce faire on va utiliser trois types de ressources (des robots, des engrenages et des bidons de cochonium) dans trois grandes zones du plateau : les projets gouvernementaux, le labo où on teste des solutions et la R&D où on publie des résultats. Tout ceci à travers un placement d’ouvrier assez classique, sauf qu’on ne récupère son meeple qu’au début de son tour et que donc un certain nombre d’emplacements restent occupés (surtout à 4 joueurs) par les autres. Saupoudrez l’ensemble de divers jetons qui permettent de faire des actions bonus et des enchaînements compliqués.

Cette première partie laisse un goût d’inachevé d’une part parce qu’il est difficile de construire une stratégie vu le niveau de complexité et d’intrication des mécanismes, d’autre part parce que certains pans du jeu n’ont jamais été utilisés (ex. construire un prototype après avoir réalisé une percée scientifique). Alors que l’auteur est réputé produire des jeux denses et longs, nous avons observé 12 tours s’écouler et la fin de partie arriver (après minuit quand même) avec l’étrange impression que tout allait trop vite. Le post mortem révéla qu’effectivement une règle avait été mal appliquée (d’ailleurs à l’instant où ces lignes sont écrites il reste deux interprétations concurrentes de la phrase en question) mais qui n’a finalement raccourci la partie que d’un tour car une autre condition de fin de partie se serait déclenchée.

De cette partie oubliable on consignera que Dom l’a emporté par 37 PV devant Neox 31, un Dom qui a beaucoup pesté pour avoir pris un départ désastreux faute d’avoir bien compris les règles (alors même qu’il les a expliquées !). Il est clair que seules des nouvelles sessions pourront révéler la richesse du jeu et faire émerger les combinaisons efficaces. Pour se donner une idée, les statistiques sur BGG indiquent que pour 4 joueurs expérimentés, le gagnant finit en général au delà des 100 PV.

Skymines

Table 2, dite « Des monstres et des hommes » : à cette table de Massive darkness, nous retrouvons François-René et les deux Olivier, pour une partie gagnée, mais « pas facile » selon le récit laconique des protagonistes.

Table 3, dite « Un futur à construire » : Première sortie pour Skymines, petit  cousin de Mombasa, premier gros jeu d’Alexander Pfister, celui qui l’a révélé au grand public (Diamant d’or en 2015, et épuisé en boutiques depuis bien longtemps). Plutôt que de coloniser le continent africain, on y colonise la lune, c’est plus consensuel (quoique) !

Le plateau principal représente la Lune (ou des astéroïdes sur son autre face) et les différentes compagnies qui s’affrontent pour en extraire les ressources. Les joueurs incarnent des investisseurs qui financent ces compagnies, collectent de l’Hélium-3 et réalisent des recherches scientifiques pour gagner le plus de crypcoins possible au terme des sept manches de la partie.

Comme souvent dans ses jeux, Pfister mélange plusieurs mécaniques dans Skymines. Il y a un peu de deckbuilding : les ressources Titane, Minéraux et Carbone permettent d’acquérir de nouvelles cartes au marché en payant leur coût plus celui de leur emplacement, mais le deck se reconstitue selon un mécanisme inédit.  Dépenser votre énergie dans une compagnie vous permet de placer ses succursales sur la Lune, de gagner les bonus des secteurs sur lesquels vous les placez, et même de virer les succursales des autres compagnies. Un mécanisme de majorité permet de récompenser les actionnaires de ces sociétés selon leurs nombres de parts, acquises au cours du jeu à coup de ressources. Et enfin, du développement : sur votre plateau personnel, vous disposez de deux pistes pour gagner des points en fin de partie. La piste d’Hélium-3 progresse lorsque vous utilisez une carte Ingénieur dans votre phase d’actions ou grâce à l’occupation de certains secteurs de la Lune. La piste de recherche nécessite de remplir les demandes indiquées sur les jetons recherche qui la composent en plaçant les cartes correspondantes dans votre zone d’action (avoir 2 Énergies et 2 Minéraux par exemple). Les jetons Recherche s’obtiennent en dépensant des points de science et on avance sur la piste en jouant une carte Chercheur dans la zone d’action.

Samuel, possesseur du jeu, fit merveille avec une stratégie efficace sur tous les plans, et l’emporte avec 92. Suivent Evan, 75, Olive, 66, et François, 50, qui joua de malchance, pénalisé par un sous-investissement sur la compagnie la mieux développée et surtout butant d’un rien sur deux seuils sur les pistes qui lui auraient octroyé 15 PV de plus. Un excellent opus, d’une grande richesse, et à la courbe d’apprentissage plutôt douce pour un jeu de ce calibre.

Table 4, dite « Une histoire à refaire » : à Twilight struggle, les Américains (Tristan) défont les Russes (Mickaël) dans un remake de vendredi dernier, et pour un résultat probablement identique, même si l’issue du combat n’était point connue alors que le carrosse du chroniqueur s’avançait.

Table 5, dite « Sous la terre comme au ciel » : le grand retour de se confirme, et, dans cet univers peuplé de divinités égyptiennes, c’est Gilles qui survole la partie avec 42, devant Marie-Anne, 35, Baptiste, 27, Thomas, 18, et Franck, 15. Les mêmes, rejoints par Jakez, enchaînent sur un Sub Terra qui se solde par une défaite suite à une erreur fatale de Frank, garde du corps qui ne remplit pas son office.

Séance de VENDREDI 20/01/2023 à Servel

Le 20 janvier 1983, François Mitterrand s’exprimait devant les députés du Bundestag, et lance une formule qui fera date : « Les fusées sont à l’Est, les pacifistes à l’Ouest ! »

L’enjeu est de taille : les Soviétiques installent dans les pays satellites d’Europe centrale des missiles nucléaires SS-20 pointés vers l’Europe occidentale. Face à cette menace, les Américains et leurs alliés de l’OTAN se proposent de répliquer en installer en Allemagne fédérale des missiles tout aussi puissants (les Pershing) orientés vers l’Europe communiste et l’URSS. Les pacifistes et gauchistes occidentaux se mobilisent contre ce projet au nom de l’aphorisme : « Plutôt rouges que morts ! ».

Par sa prise de position historique devant les députés allemands, l’homme du 10 mai contribua à retourner l’opinion occidentale en faveur des Américains. Les Soviétiques reculeront, se résignant à démanteler leurs SS-20.

40 ans plus tard, à Parties Civiles, on rejouait la guerre, chaude ou froide, c’est selon, dans des luttes crépusculaires.

Table 1, dite « Fusées long feu » : Innovation est bien ce jeu où aucune partie ne se ressemble, et où tout reste encore possible pour les cas les plus désespérés, surtout à partir de l’âge 9. Dans cette partie en équipes, le duo Dom / François pense avoir écrasé la concurrence, avec un départ en fusée, 5 dominations à 1, emmené par un Dom flamboyant mais qui rendit l’âme comme un feu de paille, et par un François astucieux sur sa seule domination (la diplomatie), mais freiné par un tableau injouable. La sixième domination se fait attendre : elle ne peut plus venir de Dom, au tableau famélique, ni de François, incapable de faire grandir son influence, et qui  lorgne secrètement les 6 comptabilisations par tour qui apporteraient la victoire, fomentant en vain des plans qui échoueront tous. En face, on joue l’apaisement : le tableau mirifique de Xel fait merveille, apportant la seule domination (la militaire) que le duo qu’elle forme avec Xof aura pu engranger. Mais si l’on parle d’influence, c’est autre chose : le temps joue pour eux, car au-delà de l’âge 10, seule l’influence compte si personne n’a atteint les  6 dominations. Les mouches ont changé d’âne, et il suffit de laisser le temps s’écouler pour voir se matérialiser leur victoire, sur un inexorable 84/22.

Table 2, dite « Jeune fille en feu » : la table 1 enchaîne sur Scout, conclu par Xel, 45 à la faveur de mains enflammées, devant Dom, 36, Xof, 35, et François, 27. C’était sa soirée !

So Clover !Table 3, dite « Paix froide » : Première sortie pour Trône de fer, une partie au long cours à ce jeu où l’on fait équipe avec ses voisins mais tout en jouant quand même pour soi, dans une sorte de paix froide. Thomas s’adjuge une victoire de prestige au départage, devançant Samuel, Lise, François-René et Mathieu.

Table 4, dite « Guerre chaude » : à Twilight struggle, les Américains (Tristan) défont les Russes (Mickaël) dans une partie où l’avènement de Jean-Paul II a été le tournant. Castro et le Che furent des victimes collatérales d’une guerre qui n’avait rien de froid.

Table 5, dite « Lost in translation » : deuxième sortie d’un des achats de Noël de l’association, So clover ! clôt agréablement cette soirée et fut l’occasion de fous-rires mémorables dont ce petit cousin coopératif de Codenames semble être un pourvoyeur inépuisable. On en retiendra les associations ingénieuses Drague (Plan / Sucette), Corned beef (Goût / Militaire), Prostituée (Trou / Cadeau), ou encore Cadavre (Bouchon / Squelette).

Séance de MARDI 17/01/2023 à Servel

couronnement d'un papeLe 17 janvier 1377, cédant aux prières de Sainte Catherine de Sienne, faisant fi des lamentations de son entourage attaché au Palais des Papes et à son luxe, le pape Grégoire XI, dernier pape français, met fin à la captivité d’Avignon et réinstalle le Saint-Siège à Rome. La monarchie capétienne, affaiblie par la guerre de Cent Ans, n’est plus assez forte pour retenir le pape. Mais, à sa mort, le 27 mars 1378, le peuple romain impose l’élection d’un pape indigne, déséquilibré et violent, Urbain VI, qui cherche à imposer au Collège une vie conforme à l’idéal évangélique, demandant aux cardinaux de renoncer à leurs pensions et d’investir dans la restauration de l’Église. Deux conceptions de l’Église, du fonctionnement de ses institutions, de sa fiscalité et du rôle de ses princes — l’une avignonnaise, l’autre romaine — s’opposent. Les cardinaux, en majorité français, habitués aux fastes et aux intrigues de couloirs grâce auxquelles ils ont pu accéder à leurs charges si rémunératrices, voient d’un très mauvais œil ce pape moralisateur et intransigeant qui violente les cardinaux qui s’opposent à lui, jusqu’à les dépouiller et les faire exécuter en place publique. Treize cardinaux, pour la plupart français, se réuniront en septembre 1378 à Anagni, sous la protection de troupes gasconnes et navarraises, annulant l’élection d’Urbain VI et conférant la tiare au cardinal Robert de Genève. Clément VII, faute de pouvoir faire autrement, regagnera Avignon. C’est le début du Grand Schisme d’Occident, qui divisera pendant quarante ans l’Europe chrétienne en deux courants, entre papes et antipapes, Rome et Avignon, le tout sur fond de perte d’influence de l’église face à la noblesse et la bourgeoisie et de laïcité rampante des esprits.

Quelques années plus tard, un schisme était en gestation à l’occident de Lannion, lors d’une paisible soirée de jeux. Dans l’attente de Marie-Anne, cinq joueurs avaient constitué une table de Râ et quatre une table des voyages de Maroc Polo. Deux tables complètes donc. Laquelle allait se séparer pour accueillir notre nouvelle joueuse ? A ce suspense intense comme un carré de chocolat noir, il fut mit fin par l’intéressée qui choisit, pour un temps, d’assister en spectatrice, à la deuxième. Le schisme occidental de Lannion fit donc long feu.

Table 1, dite « Un Dieu en partage » : fut choisi comme un jeu du mardi par une table de joueurs sages comme des images, c’est à peine si on entendait quelques invocations poussives du divin à l’approche de la fin de la piste qui scande ses apparitions. Se partageant presque ses faveurs, Matthieu, grâce à un tableau puissant et équilibré, l’emporte avec 40 devant Jakez, 38, roi des Pharaons et du Nil. François (23), moyen partout, occupe le ventre mou d’un classement dont Benjamin (13) et Evan (10) sondent les profondeurs, faute d’avoir su utiliser leurs jetons à temps.

Les Voyages de Marco PoloTable 2, dite « Vers l’Orient compliqué » : Les voyages de Marco Polo, table au long de cours de joueurs motivés par le thème au point d’avoir réservé leur strapontin sur la toile, voit une courte victoire de Neox (57), vainqueur à coup d’idées simples, qui devance Xel (53), Marc (49), et Anastasia (37).

Table 3, dite « Papes vs. antipapes » : De l’Egypte antique, la table 1 bifurque vers la Grèce d’Akropolis, et accueille donc Marie-Anne à ce jeu très astucieux, où il s’agit de composer un village en forme de puzzle de différents types de tuiles, qui rapportent des points selon leur nombre, leurs règles de pose, et, surtout, la présence de multiplicateurs et de tuiles en étage. S’y affrontèrent urbanistes et clémentistes. Dans la première catégorie, on rangera sans hésitation aucune les intransigeants Mathieu, vainqueur avec 111 dont un hallucinant 66 sur les guerriers et deux zéros, et Benjamin (88, dont 58 sur les habitations, et également deux zéros). Partisans du confort coupable d’une feuille de score plus équilibrée et sans aucun zéro, François (98) et Marie-Anne (86) apprirent à leurs dépends que patience et longueur de temps font parfois moins que force et que rage.

Table 4, dite « Vers la réforme » : le grand schisme d’Occident dérive toujours plus vers l’Orient avec cette table finale de Sushi go qui réunit les protagonistes du voyage de la table 2. Xel et Anastasia – en parfaite égalité avec 58, y détrônent Neox 56, et où Marc restera non noté dans nos grimoires, faute d’un scribe attentif. Portant deux joueuses en tête, cette table clôt idéalement la parenthèse du schisme non avenu de Lannion, annonçant la réforme et l’émancipation à venir des femmes.