Séance de VENDREDI 19/06/2026 à Servel

Des livres pour combattre l'ignorance instaurée par KadhafiLe 19 juin était l’anniversaire de Mouammar Kadhafi. Officier des forces armées libyennes, il arrive au pouvoir lors du coup d’État de 1969, qui renverse la monarchie, et se distingue d’emblée par une politique panarabiste volontariste. En 1977, il réorganise les institutions de la Libye en faisant du pays une Jamahiriya (« État des masses »). En 1979, il renonce au poste officiel de chef de l’État, mais demeure de facto aux commandes avec le titre de « guide de la Révolution de la Grande Jamahiriya arabe libyenne populaire et socialiste » (ou plus simplement « guide de la Révolution »), exerçant un pouvoir absolu en dehors de tout cadre temporel ou constitutionnel, jusqu’à son renverseemnt et sa mort en 2011 lors des printemps arabes.

L’analogie de sa biographie avec notre séance de Parties Civiles est troublante, jugez plutôt.

Table 1, dite « De l’argent à sortir » : La répression sanglante du printemps arabe de 2011, où le pouvoir répond aux manifestations par des tirs à balles réelles et des frappes aériennes sur la population, n’est pas sans évoquer l’ambiance lugubre de L’auberge sanglante. Les joueurs, tous issus du même clan familial, y accueillent des clients, avant de les occire, dépouiller et enterrer. Tout le jeu se base sur une pile de cartes multi-fonctions, qui servent dans les différentes actions du jey (recruter, tuer, construire et enterrer), et une piste de fortune personnelle, en francs. On y culmine au maximum à 40 francs, loin, très loin des 200 milliards de dollars que le guide lybien aurait sortis de Libye durant les trente années précédant sa chute. C’est d’ailleurs une des clés du jeu, car, quand le portefeuille grossit, il vaut mieux s’en délester contre des chèques, qui eux sont sans limite. A ce propos, Mickaël fit une erreur monumentale au dernier tour de jeu, omettant de convertir son magot en chèques alors qu’il atteignait 40 francs, se privant ainsi des 28 francs qui lui étaient promis en récompense de fin de partie sur une de ses cartes ! Il arrive au total de 80 francs et gagne miraculeusement au départage devant Faline, par 5 cadavres à 2. François, 70, et Thomas, 66, ont pâti de voir arriver la fin trop vite.

Table 2, dite « Un héritage à bâtir » : Avec 9 enfants, le guide lybien avait pensé à sa Descendance, qui exercera souvent des fonctions politiques ou militaires. Au jeu du même nom, Tristan mate sans coup férir l’opposition constituée par Fred, Virginie et Elie. Mais ce dernier prend sa revanche à El Dorado, d’une petite machette. Cet âge est sans pitié, mais pas sans rancune.

Table 3, dite « Des puissants à affronter » : De sa semaine prodigieuse, Xel sort auréolée de deux nouvelles victoire, battant deux hommes puissants,  Marc et Olive à Yamataï, puis Olive seul à Flat iron. Du royaume légendaire de l’archipel du Japon aux tours de Manhattan, les grandes puissances, que Kadhafi avaient villipendées tout au long d’un discours fleuve de 2009 à l’ONU resté célébre, tenaient leur maîtresse.

Table 4, dite « Des géants pour s’inspirer » : Admirateur de Charles de Gaulle, Tito et Mao Zedong, l’enfant de la Tripolitaine se passionnait particulièrement pour l’action de Gamal Abdel Nasser qui, avec le mouvement des officiers libres, a renversé la monarchie égyptienne et se posait en héraut du nationalisme arabe. Et puisqu’on parle de géants de l’histoire, Faline ressort de nouveau First Giants, dans la même configuration que la table 1. Un jeu issu de la refonte d’Elysium des Space Cowboys, selon les connaisseurs, et qui n’est pas inintéressant, même s’il est difficile à contrôler par l’assymétrie des familles de dinos et le rush d’une fin de partie non déterministe. Cette fois, Faline ne s’en laisse pas conter, et mate Mickaël, 43 à 42. François, 35, et Thomas, 32, étaient encore dans la courbe d’apprentissage.

Table 5, dite « Une histoire à marquer » : La fine équipe de ISS Vanguard continue sa campagne au long cours. Dépasseront-ils la longévité du colonel de Triploi au pouvoir (1969-2011) ? On peut en douter, mais qui saurait le dire aujourd’hui ?

Séance de VENDREDI 12/06/2026 à Servel

Le baron Karl Drais est issu d’une noblesse éduquée mais pas très argentée, évoluant parmi l’administration des nombreux duchés et principautés de l’Allemagne du XIXe siècle. Après des études techniques il débute une carrière dans les Eaux & Forêts mais ce qu’il aime vraiment c’est inventer des machines. Ainsi la « machine à courir », ou draisienne, deux roues et 25 kg de bois et de métal qu’on propulse en poussant des pieds sur le sol. Pour démontrer ses performances, il parcourt le 12 juin 1817 une quinzaine de kilomètres en une heure. C’est une première mais son vélocipède, peu compatible avec l’état des routes de l’époque, reste plus une curiosité qu’un moyen de transport. De plus il est rapidement copié et Drais ne parvient pas à protéger ses droits d’inventeur. Il faudra attendre un demi-siècle d’améliorations, en particulier l’ajout de pédales, pour voir émerger les première bicyclettes en France et en Angleterre. 189 ans plus tard il n’est pas rare de croiser des joueurs trégorois à bicyclette.

Table 1, dite « Transports » : Retour de Martin Wallace sur nos tables, avec l’excellent Steam, bien dans la veine du profilique auteur de Brass, P.I., Londres, Auztralia et on en passe. Thomas est fan, et attire autour de lui Mickaêl, Tristan et François à ce jeu de construction ferroviaire. Le cœur de la stratégie consiste à transporter des marchandises sur le réseau construit précédemment (idéalement, en empruntant ses rails…), en respectant la couleur du produit et celle de la ville ciblée. On est limité dans son déplacement par une taille de locomotive, que l’on peut agrandir en perdant un coup de déplacement. Sa taille fait tout, disent les connaisseurs. Et comme chacune des manches (8 à quatre joueurs) débute par une phase d’enchères permettant de fixer l’ordre du tour qui ets aussi celui du choix de tuiles bonus, l’une permettant de faire grandir gratuitement sa loco, une bataille homérique oppose rapidement les joueurs, sauf François, vite découragé par les sommes en jeu. Cette enchère culmina dans un duel légendaire entre Tristan et Mickaël au mitan du jeu (le vainqueur y acquit pour un prix exorbitant la première place, avant de se demander qu’en faire). Les déplacements de marchandises rapportent selon leur distance, des sous ou, au choix, des points de victoire. Il y a donc un subtil équilibre à gérer, car si l’on n’est jamais à court d’argent puisque on peut toujours emprunter en début de manche, cela se paie par des intérêts conséquents en fin de manche. Au final, ce n’est qu’à la manche 6 que les joueurs optèrent pour les PV. A grands coups de déplacements lucratifs (jusqu’à 6), Tristan et Thomas se sont livré un duel mémorable, le premier l’emportant d’un souffle, 49 à 47. Mickaël se cantonna à 32, faute d’avoir assez construit (car les rails rapportent aussi), et de s’être consitué des fiefs lucratifs. François, à 29, a rattrapé une erreur de débutant (livraison en circuit court) en construisant un réseau complexe dont il a bien profité sur la fin. On retiendra aussi de cette superbe partie l’esprit de coopération inhabituel qui y régna, chacun s’échinant à prodiguer des conseils de jeu aux autres, dans un esprit d’émulation réciproque. Au jeu du meilleur CGPF (Conseiller en Gestion de Patrimoine Ferroviaire), Tristan et Thomas ont fait merveille, faisant de cette soirée un moment de camaraderie partagée, le mot n’est pas trop fort.
Ils enchaînent ensuite Voodoo Prince, jeu de cartes retors, où François prend un excellent départ. Hélas, à la dernière manche, il joue de malchance avec trois coups forcés qui le font sortir en premier du jeu et lui coûtent la victoire. Avec 25 PV, il est devancé par Tristan, 29, grand triomphateur de la soirée. Thomas suit avec 21, quant à Mickaël, qui termine à 6, le terme de chat noir reflète son infortune.

Table 2, dite « Transpiration » : Cinq furieux sur la ligne de départ (Marie-Anne, Fred, Gérard, JérômeC et VHN) pour une partie de Keyflower, un jeu qui mérite sa réputation de classique. Rappelons qu’on active des tuiles avec des meeples mais que ces meeples servent aussi à enchérir pour acquérir des tuiles, on se frictionne toujours et certains n’hésitent pas à chouiner. Marie-Anne a joué la carte des meeples verts, suffisamment rares pour de facto se réserver certaines tuiles. Elle accumule aussi  Dom et Gérard ont suivi des voies parallèles, investissant dans la logistique et produisant de l’or, jusqu’à se retrouver en concurrence sur la tuile d’hiver (= dernier tour) qui transformait l’or en PV. Avec 5 meeples Gérard assomme Dom qui ne peut plus rien faire d’utile de son groupe insécable de 4 meeples rouges. Un hiver marqué par un nombre limité de tuiles en jeu (ce sont les joueurs qui décident d’un proposer 1 ou 2, et tous n’en n’ont choisi qu’une). Fred et Jérôme construisent des outils de production de ressources, en particulier Jérôme avec sa configuration simple et efficace : une mine de charbon à côté d’une tuile convertissant chaque charbon en 3 PV. Arrivé au décompte, elle lui rapport 36 PV sur 60 et il coiffe d’un point Fred, puis suivent Gérard 53, Dom 50 et Marie-Anne 47.

Table 3, dite « La bicyclette bleue » : F-R sort un nouveau jeu, Occupation, avec Armand, Elie, Pierre-Yves et Vincent. C’est un jeu en équipe avec une dimension narrative qui oppose les troupes d’occupation et les résistants, mais parmi qui peut se dissimuler un agent double collaborateur. Les occupants (Vincent et F-R) ont gagné en tuant le chef de la résistance (Elie) et en mettant en prison assez de partisans.

Table 4, dite « Une heure douche comprise » : Faline ressort First Giants, cette fois avec à sa table Corentin et François2. La partie s’est terminée sur une victoire de Corentin. Les novices ont trouvé le jeu intéressant mais ont regretté une profondeur un peu limitée.

Table 5, dite « Inspiration » : Comme aux grandes heures de St Elivet, la soirée se termine par un Codenames regroupant les restant(e)s. S’y opposent des Bleus (Dom, Faline, Marie-Anne puis Thomas) et des Rouges (F-R, P-Y, Corentin puis François). Peu inspirés, les Bleus sont battus 0-2, victimes d’un assassin à la première partie et d’un indice « Eau 3 » trop polysémique à la seconde.

Séance de VENDREDI 05/06/2026 à Servel

Le 5 juin 1883, le premier train Orient-Express prend le départ de Paris à destination de Constantinople (Istanbul). Derrière le projet, l’homme d’affaires belge Georges Nagelmackers : ayant découvert les wagons-lits lors d’un voyage aux Etats-Unis en 1867 et inspiré par le luxe des cabines des paquebots, il promeut l’idée d’un train de nuit prestigieux et international, ce qui nécessite de résoudre des difficultés techniques, administratives et diplomatiques. Il commence par accrocher des voitures-couchettes à des trains existants entre Paris et Vienne et fonde la Compagnie Internationale des Wagons Lits (CIWL) pour porter son projet. En 1882, elle fait circuler son propre train (4 couchettes, 1 voiture-restaurant, 2 fourgons pour les bagages -ceux qui avaient les moyens ne voyageaient pas léger-). Le voyage prend quatre jours, un gros progrès par rapport à la liaison maritime Marseille-Constantinople en une quinzaine. Pourtant la section finale, en l’absence d’un pont sur le Danube, nécessite de changer pour un bac, un train classique et un vapeur. Ce n’est qu’en 1889 que l’achèvement de travaux ferroviaires en Bulgarie et Serbie permet une liaison continue. Le luxe du train et sa clientèle « fortunée mais variée » crée sa légende alors que certains voyages ne sont pas de tout repos (attaque de bandits, épidémie de choléra etc.). La CIWL ouvre d’autre liaisons ferroviaires, construit des hôtels et devient une des grandes entreprises européennes. Le parcours de l’Orient-Express évoluera en fonction des vicissitudes historiques et du développement des réseaux, notamment en adoptant entre deux guerres une route plus au sud (Lausanne-Venise-Belgrade) après l’ouverture du tunnel du Simplon. La ligne ne survit pas à la guerre froide, aux progrès des trains de jour et aux liaisons aériennes ; elle disparaît dans les années 1970 après un long déclin. L’Orient-Express est évoqué dans de nombreuses œuvres littéraires, de Bram Stoker (Dracula) à Paul Theroux et d’Agatha Christie à Graham Greene en passant par Ian Fleming (Bons baisers de Russie).

Table 1, dite « Voyages aventureux » : Fidèles à leur campagne, le quatuor de ISS Vanguard (F-R, Armand, Jérôme, OlivierB) embarque pour de nouvelles aventures. Parmi les bribes de communication qui nous sont parvenues on parle de cérémonie du thé et d’une certaine perplexité vis à vis de leur mission et de son succès. Dans l’espace aussi, tôt ou tard on se pose la question du sens de la vie.

Table 2, dite « Destination Constantinople » : Il y a une éternité que Roll for the Galaxy n’avait pas été vu, Mickaël y met bon ordre avec Corentin, Fred et VHN. Corentin et Dom partent dans des directions opposées, le premier construisant des tuiles de forte valeur (dont un monde à 9 points) pendant que le second exploite un moteur production/expédition basé sur des dés bleus. La partie prend fin par épuisement du pool de PV et c’est une courte victoire du commerçant avec 50 PV contre 47 à Corentin, 37 à Fred et 35 à Mickaël.

Les mêmes continuent avec Istanbul. Corentin observe que les tuiles « Salon de thé » (où on gagne de l’argent) et « Marchant de gemmes » (où on achète les rubis qui font gagner) sont voisines. De plus le Poste de police (d’où l’on envoie son oncle agir à sa place) et Caravansérail (où on récupère des cartes Bonus, par exemple celle qui permet de refaire l’action de sa tuile, sans bouger) sont proches. Il déploie une stratégie habile et efficace, à défaut d’être créative, en naviguant entre ces quatre tuiles. Dom, lui, obtient ses 5 rubis du Marchand de charrettes, de la Mosquée et du Palais du Sultan où il est en concurrence avec Mickaël pour l’échange de lots de ressources contre un rubis. Il est le premier à y parvenir mais Corentin, calculant au plus juste et touché par la chance des dés en lançant un « 10 », atteint la condition de victoire dans le même tour et l’emporte grâce à sa livre restante. Mickaël et Fred finissent avec respectivement 4 et 2 rubis. Une belle victoire concluant une partie serrée, tranchée par un malheureux sou !

Table 3, dite « Monde disparu » : L’adhérent Nico77 réapparaît après une longue absence et se joint à Faline et Virginie qui rejouent à Dewan, déjà vu mardi et qui finit sur une victoire de la première. Ensuite ils inaugurent First Giants qui est en fait une nouvelle version simplifiée de Elysium (qui, selon nos archives, apparut sur nos tables une unique fois en 2018). En une phrase, on acquiert des cartes qu’on utilise soit pour développer son moteur soit pour scorer, le tout enveloppé dans un thème paléontologique et des règles simples. Il y eut deux parties, l’une pour Faline, l’autre pour Nico.

Les restants concluent avec plusieurs sympathiques manches de So Clover.