Séance de VENDREDI 24/07/2026 à Servel

Le 24 juillet est la date de naissance à la fois de Yves Duteil et de Hervé Vilard mais nous avons choisi de vous épargner. Nous parlerons plutôt des kitchen debates qui se tinrent le 24 juillet 1959 à Moscou. Les Etats-Unis et l’URSS, motivés par relâcher un peu la tension de la guerre froide après le choc de Spoutnik, étaient convenus d’organiser des expositions grand-public pour faire mieux faire se connaître les deux nations. L’exposition soviétique ouvrit en juin 1959 à New York tandis que Richard Nixon, le vice-président, fit le mois suivant le voyage à Moscou pour inaugurer l’exposition américaine. Il la fit visiter au premier secrétaire Nikita Khrouchtchev, faisant étalage des merveilles que la société de consommation proposait au plus humble travailleur, et eut avec lui plusieurs échanges sous les caméras des télévisions. Le plus fameux eut lieu devant une réplique de cuisine équipée (avec réfrigérateur, cuisinière et lave-vaisselle). Khrouchtchev ironisa sur l’inutilité de certains gadgets, promit que sous dix ans l’URSS aurait dépassé les USA et affirma poker face que les petits-enfants de Nixon vivraient sous un régime communiste. En fait c’est son propre fils Sergei qui émigra aux USA en 1991 où il se fit naturaliser. Cet épisode joua en faveur de la notoriété de Nixon qui fut désigné candidat Républicain pour l’élection présidentielle de 1960.

Table 1, dite « American way of life » : Après une découverte en décembre, retour de Limit sur nos tables avec Gérard, Xel, François, Vincent et VHN. Maintenant que la réalité est devenue une dystopie au long d’un été qui est une litanie de canicules, de sécheresse et d’incendies, on se replonge sur la question des limites planétaires au développement humain. Le jeu a un côté ouvert, « bac à sable », mais on a beau vouloir optimiser la trajectoire de sa nation on reste exposé aux conséquences des choix des autres, que ce soit des agressions directes (le Terroriste se reconnaîtra) ou les crises (financière, militaire ou écologique) qui tôt ou tard vont se produire. Comme diraient les économistes, le développement a des « externalités négatives ». Dom a tenté une croissance lente dans l’harmonie sociale, retardant l’augmentation des niveaux de vie et stabilisant la population à 30. Xel et Vincent ont résolu le problème d’épuisement des fossiles l’une par la colonisation, l’autre par « Drill Baby ». Gérard et Vincent, en bons élèves du FMI, ont investi rapidement dans l’éducation et la robotisation, avec des voies divergentes en terme de palier de population (20 et 50 respectivement). Inévitablement (?) dans la période 2000-2030 cela finit par craquer avec une triple crise entraînant la fin de la partie. Le décompte valide la stratégie singapourienne de Vincent qui gagne avec 54 PV (grâce à sa richesse) devant Dom 46, François 40, Xel (pénalisée par sa pollution) 26 et Gérard (qui a fait un Cuba, le niveau de vie de sa population est redescendu au plus bas) 22 points.

Table 2, dite « L’autre pays du communisme »  : Mickaël, Benjamin et Fred jouent à Gugong. La partie a été serrée mais c’est Mickaël qui, optimisant les synergies entre ses dés, s’est détaché d’une tête et l’emporte avec 45 PV devant Ben & Freddy. A l’entendre, à trois joueurs il faut vraiment être attentif à ce que font les autres et anticiper les conséquences de ses propres actions; en tout cas un bon moment pour les participants.

Table 3, dite « Bloc contre bloc » : F-R déballe les Nominés de Neombre, un jeu tout neuf acquis à Parthenay. C’est une campagne d’aventure coopérative basée principalement sur des cartes. La mécanique est plus proche d’un Aeon’s End que d’un Gloomahaven vu que c’est avant tout du combat de monstres avec deckbuilding. Chaque épisode est relativement court (de l’ordre d’une heure) mais, à entendre les échos de la table, le taux de mortalité semble ne pas être négligeable.

Table 4, dite « Poker face » : Tous les restant(e)s finissent par une partie de The Gang à six où, la fatigue aidant, les manches perdues l’ont finalement emporté sur les manches gagnées.

Séance de VENDREDI 19/12/2025 à Servel

Le 19 décembre 1971 sort Orange mécanique, adapté du roman éponyme d’Anthony Burgess, film d’anticipation autant que satire de la société moderne. Dans une cité urbaine futuriste, les jeunes ont pris le pouvoir et font déferler une violence sans contrôle dans un climat malsain, viscéral, souvent plus psychologique que visuel. Le film chronique l’action criminelle d’un gang (Alex et ses « droogies »), puis de la tentative de réhabilitation de son chef par un conditionnement psychologique expérimental et controversé. Alex y narre l’action à la première personne dans le langage nadsat, un argot anglo-russe inventé par Anthony Burgess qui ancre le film dans l’imaginaire teenager (nadsat est le suffixe des nombres de 11 à 19 en russe). Stanley Kubrick décrira son film comme « une satire sociale traitant de la question de savoir si la psychologie comportementale et le conditionnement psychologique sont de nouvelles armes dangereuses pouvant être utilisées par un gouvernement totalitaire qui chercherait à imposer un vaste contrôle sur ses citoyens et en faire à peine plus que des robots. » En 2020, Orange mécanique a été sélectionné par le National Film Registry pour être conservé à la bibliothèque du Congrès pour son « importance culturelle, historique ou esthétique ». Et pour son effet d’anticipation, pourrions-nous ajouter aujourd’hui.

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54 ans après, aucune violence, plutôt un déferlement de douceur dans cette soirée de Parties Civiles à l’approche des fêtes, où l’on glissera quelques échantillons de nadsat pour ajouter au frisson de l’hiver. Tant qu’à se mettre au russe, autant le faire tôt.

Table 1, dite « Mâle dominant » :  Dominant species marine plaît, et on y revient avec cette table de malchiks. Avec les forellas qu’il a méthodiquement cultivés, Tristan endosse le rôle du mâle dominant. Il tolchoke soigneusement ses rivaux, Mickaël, Fred et Vincent-de-Dune, de sorte qu’à la fin leurs guttiwuts luisent à l’air sur le trottoir.

Table 2, dite « Very bad trip » : Une petite bande se forme pour un voyage exotique à Istanbul et JérômeC  s’impose sans coup férir à Thomas et Franck. Ce dernier rejoint ensuite son podooshka, laissant les deux « bad guys » en tête-à-tête, et n’assistant donc pas à la deuxième défaite de Thomas à Le seigneur des Anneaux: Duel pour le terre du milieu. Trop oomny pour ses rivaux, mais resté sammy dans l’âme, Jérôme poussera la prévenance jusqu’à la réconciliation autour du coopératif Sky team, évitant à Thomas la perspective d’une soirée en mode very bad trip.

Table 3, dite « Toute première fois » : 4 novembre 2022, c’est la dernière fois que Funkenschlag avait été aperçu sur nos tables, statistique ébouriffante que l’on doit à l’assiduité sans faille de nos chroniqueurs bénévoles, merci à eux ! Jack et François-René en sont des adeptes chevronnés, quand Pierre-Yves et Caroline découvrent. Pour eux, atteindre le podium relèverait déjà d’un snooty éveillé. Mais ce jeu d’enchères n’est pas qu’une question de yarblockos. Pas spoogy pour deux sous devant cette concurrence féroce, Caroline réussit à s’imposer aux malchiks, à la surprise générale. Avec Jack et François-René, elle avait alimenté 17 centrales, mais gagne au départage avec un gros podooshka de billets.

Table 4, dite « Take back control » : Joli rabbit de la part de Corentin à l’inépuisable Ark Nova, où il mystifie Virgine et Faline d’un point, glané en plus avec la carte Europe, sans avoir usé du moindre veloceet.

Table 5, dite « Expérimentation sociale » : Gérard a fait la récente acquisition de Limit – un jeu très réaliste, construit sur la lecture du rapport Meadows, et qui permet de simuler l’impact du développement humain sur les 9 limites planétaires. Le jeu semble complexe mais sa mécanique est simple: à chaque tour, on joue un carte et on en décline les conséquences. Il faut veiller à nourrir la populaton croissante, et sa soif de biens matériels, mais aussi sa popularité, sans oublier de se défendre de quelques voisins belliqueux. Tous adoptent une stratégie assez prudente, sauf François, qui expérimente en mode oddy knocky, poussant les curseurs de la croissance. Un peu trop, le voilà bientôt en crise de colis à livrer à ses ouailles, et en manque de pétrole pour faire tourner ses usines. De plus, avec ses cartes militaires, il joue au prestoupnick et fait mewler ses rivaux. Le retour de shlaga est violent, sa population décline brutalement, et il termine à -33. C’est Gérard qui a le mieux conduit sa barque. Avec 26, il s’impose en starry routier des plateaux, devant Dom, 18, et Xel, 14.

Table 6, dite « Psychologie comportementale » : La soirée se termine par The gang, autour d’une table recomposée avec Xel, François, Thomas, Corentin, François-René et Dom. A six, on rentre dans l’épaisseur du trait des calculs probabilistes des combinaisons au poker, même avec un flot de gavareet théoriquement proscrit à ce jeu silencieux, les droogies essuyèrent quelques échecs. Mais ils furent suivis d’une belle victoire finale à une heure bien peu chrétienne. Il était plus que temps d’aller au zasnoot !