Séance de VENDREDI 05/01/2024 à Servel

Le 5 janvier 1477, Charles le Téméraire, « Grand Duc d’Occident », trouve à 43 ans une mort tragique et solitaire en faisant le siège de Nancy, blessé d’un coup de hallebarde par l’un des Lorrains ou Suisses qu’il combattait. Défait par les Confédérés suisses, Charles le Téméraire s’était retourné contre le jeune duc de Lorraine René II, qui lui a repris la ville. Par une matinée glaciale, aux côtés son demi-frère Antoine, dit le Grand Bâtard, qui lui a toujours été fidèle, mais n’ayant plus avec lui qu’une poignée de soldats, il livre bataille à son ennemi qui bénéficie d’un effectif beaucoup plus nombreux (15 000 contre 2 000), essentiellement de mercenaires suisses. Ses troupes sont taillées en pièces, lui-même disparaît dans la mêlée. Le lendemain, à Nancy où René célèbre son triomphe, un jeune page révèle au duc avoir vu Charles le Téméraire tomber de cheval. René se rend en escorte sur le lieu indiqué et, parmi plusieurs corps dévorés par les loups et que les pillards ont déjà dépouillés de leurs vêtements, on croit reconnaître celui du Téméraire. Son médecin se penche sur le cadavre et l’identifiera formellement d’après une cicatrice à la gorge et une bague restée au doigt.

Charles le Téméraire chute de cheval devant Nancy (miniature des Mémoires de Commynes, XVe siècle)

Quelques années plus tard, à Lannion, on guerroyait sur tous les continents et toutes les époques.

Table 1, dite « Voyage hasardeux » : Une partie d’Iki avec extension pour quatre expérimentés, Mickaël, Axel, Samuel et Dom. La preuve : tous finissent avec les cinq couleurs de personnages dans leur jeu. Le hasard du marché des personnages fait que très peu de bâtiments ont été construits (la maison de thé par Axel). Les incendies n’ont fait aucun dégât. Samuel a fait la course en tête sur la piste d’incendie et a accumulé les points de victoire en cours de partie. Par contre sans jetons tabac ou poissons il marque peu en fin de partie et finit second avec 98 PV. Mickaël fait un dernier achat de poissons à 12 PV qui lui donne la victoire avec 108 PV. Axel et Dom ferment ce tir groupé avec 94 et 93.

Table 2, dite « Fin prématurée » : lorsqu’Elsa von Frühlingfeld présenta son invention au roi Frédéric-Auguste II de Saxe, les gens pensèrent à une supercherie. Cette scientifique du dix-neuvième Box cover of English editionsiècle a utilisé l’uranium, élément récemment isolé, pour chauffer un seau d’eau, et la vapeur générée pour alimenter un moteur, qui lui-même maintenait l’uranium actif via un processus qu’elle appela « atomisation ». Son appareil, le Nucleum, a marqué le début d’une nouvelle ère d’énergie et de prospérité pour les décennies suivantes, et plus prosaïquement pour nous, le jeu dérivé de l’invention éponyme.
Simone Luciani (Tiletum, Tzolk’in, Grand Austria Hotel…) souvent plus développeur qu’auteur, est ici, comme à son habitude accompagné d’un auteur de renom: David Turczi, qui n’est pas non plus n’importe (Teotihuacan, Anachrony…) . Deux auteurs exceptionnels pour un jeu d’exception, jeu que Fred nous présente comme nécessitant un apprentissage au long cours, avouant n’en avoir pas encore maîtrisé les arcanes. Cet aveu d’un si fin connaisseur glace le sang d’Olivier et François, mais il est trop tard pour reculer, et les voilà pris dans l’engrenage. A la découverte, le jeu se révèle d’une grande richesse, avec de faux-semblants de Brass, autre aventure industrielle, moins librement inspirée de la réalité : on construit des rails pour relier des villes, et un réseau à partir duquel on peut agir. Les rails sont en fait des tuiles à double face, l’avers étant constitué d’un couple d’actions associés à une couleur, actions que l’on résout avant de poser son rail, en respectant bien sûr les couleurs. On établit des bâtiments, on fore des mines et on active des centrales, tout l’enjeu étant de réussir à électrifier ses bâtiments en amenant l’uranium par un réseau de rails, ou le charbon pour les nostalgiques. Olivier et Fred jettent leur dévolu sur le matériau rare au sud du plateau, alors que François s’exile au nord, jouxtant une mine de charbon en activité. Ce mouvement calculé à l’instinct l’éloigne du champ de bataille, lui permet de construire à tour de bras et de récolter de précieuses étoiles lors de l’électrification. Il prend rapidement la tête, lentement rejoint par Fred et Olivier qui montent en puissance, mais ce n’est qu’un leurre, car tout se règle à la fin de partie sur la piste des étoiles, qui offre des bonus plantureux à ceux qui s’y sont bien placés. Sentant son avance fondre, sur les coups de minuit, François décide de mettre fin à la partie, au grand dam de ses adversaires, en vidant le marché, coup hautement stratégique qui lui offre une victoire de prestige avec 152 PV, devant Fred, 128, et Olivier, 99.

Attention une précision très importante aux règles (source Luciani lui-même): « Pour pouvoir construire dans une ville, sauf la toute première, il faut un rail À SOI qui relie à la ville en question contrairement à ce qui est écrit sur les règles »

Table 3, dite « Rois sans divertissement » : convoqués à une séance de Gloomhaven : les mâchoires du Lion, François-René, Armand, Jérôme et Olivier B. s’en sortent brillamment.  Ils enchaînent sur Kites, mais leur final est perturbé par l’arrivée intempestive d’un journaliste amateur, puis finissent par s’encanailler au casino des banques centrales avec Q.E. François-René s’y distingue en la jouant super Mario (Draghi bien sûr, pour les intimes).

Table 4, dite « Chronique d’une mort annoncée » : Jérôme et F-R inaugurent Sky Team, un original jeu coopératif à deux où, respectivement pilote et copilote d’un avion de ligne, les joueurs doivent le faire atterrir en utilisant des dés dont la valeur est inconnue de l’autre. Pas mal d’options et de configurations laissent anticiper un jeu riche, mais avec une certaine courbe d’apprentissage : ce soir le 757 s’est crashé avant d’avoir atteint le seuil de piste de l’aéoport de Montréal.

Table 5, dite « Duc d’occident » : à cette table de Civilization (en version 2018), on retrouve Xel, Adrianne, Benjamin et Steven, ce dernier réglant son petit monde avec un panache que n’aurait pas renié le duc d’Occident.

Séance de MARDI 02/01/2024 à Servel

Le 2 janvier 1941 marque l’apparition du meilleur ami de Tintin, le capitaine Haddock, dans un épisode du Crabe aux pinces d’or, neuvième album. S’il devient au fil du temps le compagnon inséparable de Tintin, rien ne le prédestine à un tel sort dans cette première aventure où il tient plus de l’épave que du héros. Tintin le rencontre alors qu’il tente de s’échapper de la cale du Karaboudjan, le cargo dont Haddock est le capitaine sans en être le maître à bord, rongé par le whisky et floué par son second. Mais malgré son alcoolisme notoire, il devient pour Tintin un allié improbable dans sa lutte contre des trafiquants de drogue. Abruti par l’alcool, le capitaine ne pose pas de question quand Tintin fait irruption dans sa cabine et lui fait immédiatement confiance, obéissant de manière naïve au jeune héros.

Le crabe aux pinces d'or • Hergé – La bibliothèque de BénédictePour Benoît Peeters, l’invention du capitaine est surtout une fabuleuse trouvaille sur le plan narratif, car « au héros en creux qu’est Tintin, pur support à l’identification du lecteur, vient s’ajouter une figure romanesque plus incarnée qui surgit abruptement dans l’histoire et ne tarde pas à y prendre une place essentielle ». De fait, les maladresses et accès de colère du capitaine, provoqués par l’ivresse, sont autant de relances du récit : il brûle les rames de la chaloupe à bord de laquelle lui et Tintin ont fui le Karaboujan, fait s’écraser leur hydravion car il veut piloter à sa place, puis manque de l’étrangler en plein désert quand il le prend dans son délire pour une bouteille de champagne.

Haddock est l’un des rares personnages de Tintin qui soit doté d’un passé. Le diptyque formé par Le Secret de La Licorne et Le Trésor de Rackham le Rouge le mène sur les traces de son ancêtre, le chevalier François de Hadoque. Il offre un nouveau lieu d’attache, le château de Moulinsart, ce qui confère au capitaine un double rôle de fédérateur et de catalyseur. Par son visage expressif et tourmenté, Haddock apparaît comme le « négatif » du héros trop lisse incarné par Tintin. Il apporte une humanité à laquelle le lecteur s’identifie : dans un sondage effectué en 1996 auprès des lecteurs de la série, le capitaine est désigné comme leur personnage préféré.

83 années plus tard, à Lannion, il fut question de champagne, de colères, et de comportements excessifs.

Table 1, dite « Buveurs impénitents » : La date est idéale pour ressortir le trop méconnu Age of Champagne, et voilà Xel, Marie-Anne et François qui se mettent à l’ouvrage de ce jeu où l’on suit de bout en bout la vie d’une bouteille de champagne, de la vendange à la mise en tonneau, de l’assemblage à la mise en bouteille, de la cuve à l’oenothèque, et jusqu’aux marchés finaux.  Dix tours se succèdent où l’on enchaîne les actions, et l’on marque des points, sur les cépages, les cuvées, le développemnt durable, et, surtout, les ventes. Départ tranquille pour nos trois vignerons, qui prennent leur temps et remplissent leurs caves. Quand celles-ci débordent, on est déjà au mitan du jeu, et il est temps de vendre. C’est le moment choisi par François pour passer de la troisième place dans l’ordre du tour à la première : un excellent coup, qui va le propulser des profondeurs du classement où il végétait désespérément après un départ catastrophique, grillant Marie-Anne dans les dernières ventes au prix d’un bilan carbone désastreux, et finissant (presque) sur ses talons (67 à 89). Bien plus haut sur la piste, bon sang ne saurait mentir, Xel avait pris le large avec 120 points de prestige, et s’adjuge une victoire sans discussion. Champagne !

Table 2, dite « Pénitents imbuvables » : François-René, Mickaël, Fred, Elie, Benjamin et Axel-à-la-moustache-fleurie sont au pénitencier et cherchent désespérément à s’en sortir, en creusant bien sûr, puisqu’on est à Dig Out, comme chacun l’a compris. Mais ils font une prestation imbuvable, ignorant au moins cinq règles du jeu. On ne leur accordera pas de remise de peine, mais les voilà qui, Fred et Elie partis, s’attablent ensuite à un QE pour expier leurs fautes en tentant de sauver la finance (et le monde avec) ! Axel (36) ressort banquier du jour, devant François-René (32) et Mickaël (27), Benjamin finissant éliminé par faute d’avoir trop dépensé.

Séance de MARDI 19/12/2023 à Servel

Le Français Charles Cros, poète et inventeur, et l’ingénieur américain Thomas Edison ont inventé simultanément le premier appareil permettant aux amateurs d’enregistrer et de reproduire du son. L’enregistrement est assuré par un stylet gravant mécaniquement les vibrations sur un cylindre d’étain et qui, en repassant dans les sillons gravés, fait vibrer une membrane qui transforme les vibrations en sons. Le 19 décembre 1877, Edison dépose le brevet du phonographe après un essai public le 7 décembre. Dans un de ses textes à la mémoire de son ami, l’écrivain Alphonse Allais prétend avoir vu et entendu les sons restitués par un phonographe construit par Charles Cros bien avant le modèle d’Edison. On pense généralement que les deux hommes ne connaissaient pas leurs travaux respectifs.

Quelques années plus tard, le souvenir de cette soirée de Partie Civiles reste gravée dans nos mémoires, et pas seulement grâce aux délicieux biscuits de Noël amenés par Marie-Anne.

Table 1, dite « Par-delà les mers » : Marco rejoint Dom et François une partie de Vikings. Dom domine avec 54, Marco comprend vite, et fait un début honorable à 41, et François souffre de famine à la fin, culminant à 36, lestq.e. boîteé de 7 PV faute d’avoir pu nourrir ses hommes. Ils remettent le couvert, et là François ne se laisse pas surprendre : grâce à ses pêcheurs, ses îles et ses éclaireurs, il l’emporte avec 58. Dom, 53, est stable, et Marco (49) finira pénalisé de 11 PV par le manque de pêcheurs : en effet, 4 sont restés dans le sac jusqu’à la fin !

Table 2, dite « Par-delà les temps » : Xel, Thomas, Marie-Anne, Mickaël et Anastasia sont en partance pour Cartagena en l’an de grâce 1672, à Cartagena, où, dans la prison pourtant réputée la plus sûre des Caraïbes, se déroula une incroyable évasion. Xel sort en tête de cordée, puis, se téléportant à l’ère moderne ils se muent en banquiers centraux chargés de mettre en œuvre un Quantitative Easing, QE pour les intimes, avec la lourde responsabilité de faire tourner la planche à billets sans provoquer la faillite !