Séance de VENDREDI 23/09/2016 à St-Elivet

Le 23 septembre de l’an 605 avant notre ère, Nabuchodonosor II était couronné roi de Babylone. Il succède à son père, Nabopolassar, qui devait obéissance au souverain assyrien, le prestigieux Assourbanipal, un conquérant qui avait repoussé jusqu’en Égypte les limites de son empire. Mais après sa mort, l’Assyrie, usée par les guerres et détestée par ses sujets allogènes, se délite sous l’effet des révoltes et luttes de palais. Le gouverneur de Babylone s’allie à Cyaxare, roi des Mèdes (un peuple de l’Iran actuel) et porte le coup de grâce à la monarchie assyrienne. Les Assyriens sont défaits en 615 à Arapkha (aujourd’hui Kirkouk) et leur capitale, Ninive, est détruite en 612. Nabopolassar peut dès lors restaurer l’indépendance de l’empire chaldéen et le prestige de Babylone.

Le principal souci du nouveau roi de Babylone est la lutte contre les Égyptiens qui dominent le Proche-Orient et menacent ses frontières occidentales. Quelques mois avant son couronnement, Nabuchodonosor vainc les Égyptiens du pharaon Néchao II à Kharkémish, les chasse de Palestine et de Syrie et, la même année, en 605, peut ainsi entrer à Jérusalem, capitale du royaume de Juda.

Nabuchodonosor se consacre surtout à l’embellissement de sa capitale. Il fait aménager une enceinte de 18 kilomètres de long dont le principal point de franchissement est la porte d’Ishtar. A partir de celle-ci, une voie processionnelle en brique émaillée conduit au temple de Mardouk, le dieu de Babylone.  Il fait aussi rénover la ziggourat, qui a donné naissance au récit biblique de la «tour de Babel», haute de 90 mètres sur une base de 90 mètres de côté.

Enfin, le roi fait aménager les jardins suspendus. Une légende prétend qu’il aurait ainsi voulu faire une faveur à son épouse d’origine mède, qui regrettait les montagnes verdoyantes de son enfance. Le fait est que cette merveille du monde est la seule à ne pas avoir d’existence officielle: aucune trace archéologique n’a pu confirmer que les jardins ont bel et bien existé. En outre, l’existence de cet édifice n’est relatée que par des textes grecs, jamais par des textes babyloniens. Chose d’autant plus étrange que Nabuchodonosor ne s’est jamais privé de mettre en avant la grandeur des édifices bâtis sous son règne. Il se pourrait, selon une nouvelle hypothèse, que les Grecs aient confondu Babylone et Ninive, la capitale de l’Empire assyrien, qui précéda l’Empire perse…

Hauts de 23 à 92 mètres, les Jardins de Babylone étaient composés de plusieurs étages en terrasses, reliés par un grand escalier de marbre. L’édifice était soutenu par des voûtes et des piliers de brique. L’eau était ramenée de l’Euphrate, et remontait jusqu’au étages à l’aide d’un savant montage hydraulique.

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Songeons que Babylone, du règne d’Hammourabi, vers 1750 avant JC, à celui d’ Alexandre le Grand, vers 330 avant JC, en passant par celui de Nabuchodonosor, aura rayonné presque sans discontinuer sur le Moyen-Orient pendant quinze siècles !… Sans doute un record historique.

Bien des années plus tard, cet autre 23 septembre vit à S-Elivet le dévoilement d’une autre merveille du monde: Scythe, dont notre grand reporter Dom fait ci-dessous le récit emerveillé. Si l’existence du jeu est incontestable, le triomphe de son premier vainqueur fut contesté, comme il le reconnait lui-même avec un fair play qui l’honore.

Table 1, dite « La boîte aux merveilles » : Jack sort avec un air gourmand sa boîte de Scythe tout juste reçue. Scythe est un des jeux qui a fait le plus parler de lui cette année, se hissant rapidement dans le top 20 de BGG après avoir été prévendu à 18000 exemplaires sur Kickstarter. Et il faut avouer que la réputation de qualité et de professionnalisme de son éditeur américain, Stonemaier Games, est méritée : le matériel est exceptionnel, les règles et les plateaux individuels clairs et bien conçus avec un tour de jeu simple et logique et des parties qui tiennent en 2 heures.

Le jeu fait partie de la famille « développement/conquête sur une carte » : chacun développe sa faction en accroissant ses capacités de production et ses effectifs tout en s’étalant sur le plateau de jeu jusqu’à avoir quelques frictions avec les voisins. De plus, de subtiles asymétries assurent renouvellement des parties et orientation des choix stratégiques, mais compliquent la tâche de garder un œil sur les autres. Les mécanismes sont classiques, sauf peut-être le fait que les ressources restent sur le plateau et peuvent être accaparées suite à un combat.

Plus qu’une épopée, le jeu est un mélange d’optimisation et de course tandis que la force est le plus souvent une menace protégeant son territoire et ses ressources (les combats sont assez coûteux pour l’attaquant pour que seule une poignée ait lieu à chaque partie). La première moitié du jeu (assez lente car les ressources sont rares et les actions chères) voit chaque faction faire ses choix de développement et élargir son contrôle autour de la base de départ. Puis la rivalité s’exprime pour atteindre ou contrôler les zones au centre de la carte et le rythme s’accélère. La fin de partie est soudaine et nécessite de bien jauger où en sont les adversaires.

Cette première partie a regroupé Laurent (Saxon), Neox (Rusviet) et Dom (Nordic) autour de Jacques (Crimea). Logiquement, nous sommes concentrés sur le développement de notre faction et l’exploitation de ses spécificités mais on peut s’attendre que dans le futur il y ait plus d’attention portée aux choix et aux positions des autres. Jacques ayant envoyé son Héros un peu trop près de Dom s’attira en retour une double contre-attaque qui lui rogna les ailes. Laurent pendant ce temps se répandait sur la carte et Neox avec ses recrues profitait des actions des autres. Dom mit fin à la partie juste avant que Laurent et Neox soient en mesure de le faire. Après décompte, il finit 2 points devant Laurent mais sa victoire ne sera pas homologuée : en cours de partie il avait fait un mouvement illégal qui lui avait permis de récolter les bénéfices d’une carte Rencontre. On peut s’attendre à revoir Scythe sur les tables de PC !

Table 2, dite « Babies alone in Babylone » : Axel, Elaine, Gael, Baptiste (au poil dru), François-René et VHS, tous des grands enfants, se retrouvent au carrousel enchanté de Mickaël, fantôme clairvoyant de Mysterium. Une fort joyeuse partie, où tous les protagonistes ont découvert les ressorts de leur énigme. Comme à l’école des fans, tout le monde a donc gagné, mais pour la petite histoire, c’est Axel et François-René qui remportent de concert la victoire au score, par leur habilité à miser sur les paris de leurs adversaires.

Table 3, dite « Merveilleusement simple » : c’est à Barony que Paul mate sans effort une opposition composée de Xel, Baptiste (aux poches pleines) et Sly, de retour et qui, d’un assaut vengeur, provoqua la sortie de route de Xel qui faisait alors la course en tête. Les mêmes enchaînent sur Cap’taine Carcasse, qui voit cette fois la victoire de Sly.

C’est alors que Vincent fit son apparition cameo. A l’instar d’Alfred Hitchcok dans ses propres films, ses passages dont la brièveté n’ont d’égal que l’intensité sont très attendus, et souvent le théâtre de joutes oratoires qui font le régal des initiés. Il fut ce soir là (mais pourquoi ?) question de Jaï Alai, alias cesta punta, un jeu très populaire au pays basque, et non pas de la Lorelei, nymphe de la mythologie germanique dont la légende a donné son nom à un rocher surplombant le Rhin.

Table 4, dite « Suspendue » : Après le départ de Gael et Elaine, les survivants de la table 2 flottent un bon moment avant de jeter leur dévolu sur Smash Up. Ils découvrent en Axel un fin connaisseur de ce jeu et ses différents peuples, allant jusqu’à explorer les recoins des forums pour arbitrer telle ou telle propriété absconse d’une créature… Rappelons qu’à ce jeu, chaque joueur est muni de 2 peuples, qui doivent conquérir des bases. Chacun dispose des créatures sur ces bases, et joue optionnellement des cartes actions. Lors de la conquête d’une base (matérialisée par une somme des forces des créatures attachées supérieure ou égale à la valeur de la base), des PV sont attribués aux joueurs majoritaires. Une étape clé du jeu est donc la draft des peuplades, que nous avons pour le coup choisies au hasard. Je me trouvai avec une jolie combinaison Dinosaures-Zombies, mais très mal mélangés entre eux.. La victoire m’était promise, mais, à 14 PV, tout le monde me tomba dessus (la victoire étant à 15), et, alors qu’Axel, nanti de peuples aux pouvoirs extraordinaires, semblait voué à l’emporter, c’est FR et ses Ninja « tout pourris » qui lui dama le pion…Ah oui, j’oubliais: c’est un jeu chaotique, forcément chaotique..

Table 5, dite « Dans son jardin » : le premier Baptiste rejoint le second au sous-sol (*) pour former, avec Paul et Xel, une table de Pandémie: Contagion. Xel s’impose avec un bras et une jambe d’avance, dépassant même l’espace prévu sur la piste de score.

(*) : on me souffle dans l’oreillette que techniquement, cette salle est au RdC, pas au sous-sol. Question de point de vue, aurait dit Einstein…

Table 6, dite « Aux laboureurs déchus » : à Codenames , les rouges (Dom, Xel, Neox, renforcés brièvement par Axel) s’imposent 3 à 2 face aux bleus (Paul, VHS, FR), dans une partie étrange, où la vérité sembla souvent ailleurs. On y fit ainsi connaissance de l’île de Kourou, et de Flipper le requin. Les règles furent malmenées (mots trop longs, utilisation abusive du smartphone…), Tyrion Lannister fit une apparition, et FR démontra une aussi improbable que parfaite connaissance du chausseur de luxe Louboutin. Les rouges, partis pour gagner largement, ne durent finalement leur salut qu’à un hasard improbable: un Bigouden 2 qu’ils prirent pour un 3: ils choisirent donc trois mots, le troisième tombant sur un rouge (ce mot était cependant bien choisi: voile). Quant aux bleus, ils réussirent l’exploit de proposer à chaque manche un « Labourer », mais ne prenez pas conseil sur eux car ils font usage de pelles et de fourches…

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Séance de MARDI 16/08/2016 à Ti-Koad

Beaucoup de gens admirables sont nés un 16 août, à commencer évidemment par Madonna. En septembre 1978, elle arrive à New York avec 35 $ en poche, et se rend au quartier des théâtres, Times Square, espérant y trouver la gloire. Elle vit d’emplois occasionnels dans une grande précarité, esseulée et avec le peu d’argent que lui rapportent ses emplois de serveuse, danseuse ou modèle de nu. Madonna incarnera l’image du rêve américain : réussir à partir de rien et par sa seule détermination à devenir une des chanteuses les plus riches du monde, avec une fortune estimée à 560 millions de dollars en mai 2016. Celle qui est aussi une des six artistes dont les tournées ont rapporté plus d’1 milliard de dollars de recettes a cependant bien voulu fort bénévolement marrainer cette soirée, dédicaçant les différentes tables du nom de ses plus grands hits.

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Table 1, dite « Revolver »
…où l’équipe d’inspecteurs de choc (Dom, Thomas, François-René et VHS) poursuit sa campagne d’enquêtes de Sherlock Holmes: Détective conseil. Son titre, L’orpheline emprisonnée, est tout un programme. Grâce à jeu d’équipe collectif très élaboré, chacun complétant les analyses de son voisin, nous atteignons le score respectable de 50 points. Juste un indice pour les futurs enquêteurs (attention please, spoiler ahead) : il n’est pas question, dans cette affaire, d’un masque de Jacques Chirac (ce qui serait surprenant en 1888, je vous l’accorde). En revanche, si vous arpentez les ronds-points de Lannion avec constance (et surtout les soirs de pleine lune), il n’est pas exclu de vous trouver un jour nez à nez avec un cycliste revêtu de cet appendice, aussi original que malcommode pour cette activité…

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Table 2, dite « La isla bonita »
…où L’île de Skye, une île magnifique avec ses plages de sable, ses douces collines et ses montagnes impressionnantes, offre un paysage à couper le souffle et, ce qui ne gâte rien, est éponyme du jeu Isle of Skye. Notez, pour les puristes, que c’est bien l’île et non le jeu qui est éponyme, comme on l’entend trop souvent dire… Dans ce jeu de tuiles, donc, les joueurs sont des chefs de clans et doivent construire leur royaume. Une partie survolée en planeur par Xel, qui médusa Baptste, Nicolas-Neox et Paul réunis.

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Table 3, dite « Papa don’t preach »
…où Nicolas II, à son détriment, défie l’ami Vincent à 7 wonders (en mode duel). Le sermon aura-t-il porté ?

Table 4, dite « Like a prayer »
…où Nicolas II rejoint les protagonistes de la table 2 pour un Pandémie : Contagion où, de nouveau, Nicolas-Neox a marché sur l’eau. Serait-il invaincu à ce jeu ?

Table 5 dite « Frozen»
…où une partie de Manchots barjots se compose. Paul y verra la vie en rose (39 points dont 19 roses), VHS (33), Nicolas II (27), F.-R. (24) et Xel (23) complétant la photo finish. Deux tactiques opposées s’affrontèrent, celle de Paul consistant à tout miser sur une couleur, et celle de F.-R. revenant au contraire à ne miser sur aucune, mais à multiplier les  actions doubles.

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Séance de MARDI 09/08/2016 à Ti-Koad

François Ier aura beaucoup œuvré pour la promotion de sa langue. Le 10 août 1539, le roi signe l’ordonnance de Villers-Cotterêts, rédigée par le chancelier Guillaume Poyet. Riche de 192 articles, celle-ci prévoit que le « langage maternel françois » remplace le latin pour la rédaction de tous les actes légaux et notariés, ainsi que pour l’enregistrement des baptêmes et des enterrements: ainsi naît l’état civil. Cette ordonnance est le plus ancien texte législatif pour partie encore en vigueur en France, ses articles 110 et 111 (concernant la langue française) n’ayant jamais été abrogés.

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477 ans plus tard, à Ti Koad, un officier d’état-parties-civiles enregistra en bon françois les faits suivants au grand livre du registre.

Table 1, dite « notariée »
…où Nicolas II remporte avec 25 points une partie de Via Nebula avec une facilité telle que Dom, Mickaël et Bruno n’ont pas daigné révéler leurs scores.

Table 2, dite « post mortem »
…où la table 1, amputée de Dom, enchaîne sur La fureur de Dracula. Une partie tardive qui ne nous permettra pas d’en conter l’issue, fatale, forcément fatale…

Table 3, dite « ressuscitée »
…où quatre habitués ressuscitent Brass. Quand un nouveau-né paraît, ses petits frères et soeurs peuvent en prendre ombrage. Ainsi, face à l’irruption fulgurante de Mythotopia, sans oublier Hit Z Road ou encore Via Nebula et In Flanders Field (tous deux également joués ce soir), Xel, Jeff,Thomas et Votre Humble Serviteur se sont penchés sur le berceau d’un illustre ancêtre Wallacien, pour lui faire l’honneur d’une partie riche en points. Chacun reprit ses marottes: Xel fit du rail à fond et termine à  111, VHS des manufactures lucratives (115), et Thomas des chantiers navals décisifs (131). Quant à Jeff (96), auteur d’un contrepet involontaire (« j’en ai rien à foutre du fer ») qui ne lui rappporta aucun bonus, il nourrit son monde de fer et de charbon, mais, comme chacun sait, les matières premières, ça eut payé mais ça paye plus….

Table 4, dite « archiviste »
…où Nicolas-Neox s’adjuge avec brio une partie de Favor of the pharaoh. Baptiste fut sa victime et Vincent, arrivé tardivement, observa le forfait en spectateur…

Table 5, dite « baptisée »
…où la table 4, rejointe par Dom, enchaîne deux parties de Deep sea adventure. Si la première vit tout le monde toucher le fond sans reprendre son souffle, la seconde vit Baptiste émerger la tête la première.

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Table 6, dite « testamentaire  »
…où l’enfant rebelle Pandémie : Contagion voit s’affronter 5 joueurs chevronnés dans une partie de tous les dangers (la fin de partie étant, à ce jeu, d’autant plus rapide que les joueurs sont nombreux). Nicolas-Neox l’emporte sur le fil avec une main puissante (43), talonné par Jeff (42), VHS (34), pris par des crampes  l’instant décisif, Baptiste (32), et enfin Dom (29).

Table 7, dite « classée »
…où Thomas l’emporte sur Xel à un nouvel opus Wallacien, In Flanders field. Une affaire vite classée.

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Séance de MARDI 02/08/2016 à Ti-Koad

Le 2 août 1897 naissait Philippe Soupault. Ce poète surréaliste sera, avec André Breton, l’un des deux artisans des Champs magnétiques, recueil de textes en prose écrits en 1919, fruit des premières applications systématiques de l’écriture automatique, et considéré par Breton comme le « premier ouvrage surréaliste ». Ce livre « longtemps plus célèbre que connu » est à la fois l’aboutissement de la quête dans laquelle s’est engagé André Breton depuis 1916 et le point de départ d’un « mouvement ininterrompu [où] la poésie vient se confondre avec la vie. »

Constituée de plusieurs textes sans aucun lien entre eux, cette œuvre « d’un seul auteur à deux têtes [et au] regard double » a permis à Breton et Soupault « d’avancer sur la voie où nul ne les avait précédés. » En signant conjointement, les auteurs ont voulu signifier qu’« ils ont parlé ensemble, [qu’] ils ont mêlé leurs voix non pour se cacher mais pour éclater ». Contrairement à une idée généralement répandue, l’écriture automatique représente le contraire de la facilité. Elle impose à celui qui ne veut plus être que le récepteur le plus fidèle possible de la parole intérieure une tension difficile à maintenir entre les pôles opposés de l’abandon et de la vigilance.

Au printemps 1919, André Breton est encore mobilisé à l’hôpital du Val de Grâce, Philippe Soupault est détaché au Commissariat des Essences et Pétroles de la rue de Grenelle et Louis Aragon est envoyé en Sarre avec les troupes d’occupation. Les autorités ménagent une transition pour le retour à la vie civile des soldats, craignant la colère de ceux-ci à cause du sentiment de l’inutilité du sacrifice de tant de vies et de l’attitude « jusqu’au-boutiste » de l’arrière allant de pair avec un affairisme sans scrupule. Pour Breton, l’avenir n’a aucune représentation. « On revenait de guerre, c’est entendu, mais ce dont on ne revenait pas, c’est de ce qu’on appelait alors le bourrage de crânes qui, d’êtres ne demandant qu’à vivre et – à de rares exceptions près – à s’entendre avec leurs semblables, avait fait durant quatre années, des êtres hagards et forcenés, non seulement corvéables mais pouvant être décimés à merci. » Il erre sans but, dans sa chambre ou dans les rues de Paris. La revue Littérature lancée en février avec Aragon et Soupault ne lui apporte plus aucune satisfaction. Il voudrait la faire sortir de son côté « anthologique ».

En « logicien passionné de l’irrationnel », Breton est alerté par les phrases involontaires qui se forment dans le demi-sommeil, tout illogiques, gratuites, absurdes même qu’elles soient, elles n’en constituent pas moins des « éléments poétiques de premier ordre » comme certains propos des malades mentaux qu’il a connus en 1916. « Tout occupé que j’étais encore de Freud à cette époque et familiarisé avec ses méthodes d’examen que j’avais eu quelque peu l’occasion de pratiquer sur des malades pendant la guerre, je résolus d’obtenir de moi ce qu’on cherche à obtenir d’eux, soit un monologue de débit aussi rapide que possible, sur lequel l’esprit critique du sujet ne fasse porter aucun jugement, qui ne s’embarrasse, par suite, d’aucune réticence, et qui soit aussi exactement que possible, la pensée parlée. C’est dans ces dispositions que Philippe Soupault, à qui j’avais fait part de ces premières conclusions, et moi, nous entreprîmes de noircir du papier avec un louable mépris de ce qui pourrait s’ensuivre littérairement. »

Le premier essai auquel se livre Breton aboutissant à la formation de quelques phrases le déçoit tout d’abord, à l’exception de quelques mots parmi les premiers Fleur de laque jésuite dans la tempête blonde…. « Ce jésuite dans la tempête blonde me hantait, me donnant à penser que je n’avais pas tout à fait perdu mon temps ». La fréquentation quotidienne de Soupault, Aragon absent, n’explique pas complètement le choix de Breton d’en faire un « compagnon de risque ». Ce qui lui plaît c’est son caractère « aéré », sa disponibilité, sa capacité à « laisser le poème comme il vient, à la tenir à l’abri de tout repentir ». Breton et Soupault passent huit à dix heures consécutives à la pratique de l’écriture automatique. À la fin du premier jour, ils ont noirci une cinquantaine de pages et les seules différences qu’y voit Breton tiennent à l’humeur de chacun. Cependant, pratiquée avec ferveur, l’écriture automatique provoque des hallucinations et au bout quelques jours pendant lesquels ils s’interdisent de « corriger et de raturer nos élucubrations », ils renoncent à poursuivre plus loin leur désir d’écrire un livre « dangereux. »

Le livre aborde les thèmes de la désespérance (Glace sans tain), de la nostalgie de l’enfance (Saisons), de la solitude de la ville et de l’isolement de l’âme errante, de la métamorphose de l’âge d’homme et provoque la perturbation surréaliste comme cette « fenêtre creusée dans notre chair » (Glace sans tain) ou ce pagure, animal double, crustacé au ventre mou, échappé du bestiaire de Maldoror. Nous en extrairons quelques passages pour illustrer les tables de cette soirée ludique, 119 ans après la naissance de celui qui sera exclu du mouvement surréaliste en 1926, avec le motif « trop de littérature », alors que le mouvement s’engage dans la cause communiste….

Table 1, dite « Tout le monde peut y passer dans ce couloir sanglant où sont accrochés nos péchés, tableaux délicieux, où le gris domine cependant »
…où l’équipe d’inspecteurs de choc (Dom, Thomas, François-René et VHS), soudée et éclairée par les intuitions fulgurantes du premier cité, poursuit sa campagne d’enquêtes de Sherlock Holmes: Détective conseil. Nous n’en dévoilerons que le titre, Le vieux soldat, et notre score, un très honorable 70 (100 étant le score de Sherlock), obtenu en seulement cinq déplacements, ce qui d’ailleurs laisse un léger sentiment de frustration puisqu’on ne peut pas tirer toutes les ficelles sans aller au détriment du score….

Table 2, dite « Il n’y avait plus que la mort ingrate qui nous respectait »
…où Nicolas-Neox (27) corrige Baptiste (7) à Hit Z Road. Quoique fort, ce mot s’impose sans discussion au vu du score.

Table 3, dite « Ils regardent mes yeux comme des vers luisants s’il fait nuit ou bien ils font quelques pas en moi du côté de l’ombre »
…où nous remontons le temps quelques années en arrière, en 1963 précisément (mais le jeu s’intitule 1969). Vous êtes responsable du programme spatial de l’une des grandes nations en compétition pour envoyer le premier homme sur la Lune (d’où 1969, je vois que certains suivent). La course à l’espace est lancée, les années sont comptées, mais la tâche s’annonce immense ! Il faudra gérer au mieux le budget que vous alloue votre gouvernement, tâche à laquelle Xel, Jeff, Thierry et David s’appliquent avec conscience, Thierry tentant, selon ses propres termes, une « approche novatrice » qui le laissera pourtant KO, laissant David s’envoyer seul en l’air, puis s’envoler dans la nuit trégoroise tel un petit dragon ailé…

1969

Table 4, dite « J’avale ma propre fumée qui ressemble tant à la chimère d’autrui »
…où la table 4 se réunit avec Baptiste pour un Shipwrights of the North sea. Là encore, Thierry se distingue en provoquant la fin, mais non sa victoire, laissant cette dernière au nouvel arrivant…

Table 5, dite « Vous voyez ce grand arbre où les animaux vont se regarder : il y a des siècles que nous lui versons à boire »
…où un Archeologia voit jouter Nicolas II, Olivier, Franck, et Paul, qui l’emporte large (une cinquantaine de points alors que son plus proche suiveur ne dépasse pas la trentaine).

Table 6, dite « On rit aussi, mais il ne faut pas regarder longtemps sans longue vue »
…où la table 1, réunie sous les auspices du DUC, se penche avec bienveillance sur Un mouton à la mer, alias en VO Land Unter. Le tour de jeu paraît alambiqué à la première explication, mais après quelques tours, on comprend l’intérêt et la finesse de ce petit jeu de cartes à choix simultané signalé parmi les meilleurs du genre. Pour visualiser, il s’agit, si l’on peut dire, de l’enfant terrible constitué par l’union de For sale et 6 qui prend. Chaque joueur a un lot de cartes (de 1 à 60) et doit s’arranger à (presque) chaque tour pour ne pas finir en deuxième position sous peine de perdre une bouée. Celles-ci constituent le score final. Point fort, le jeu est équilibré car chaque joueur joue une fois chaque main distribuée en début de partie. Un jeu accessible, distrayant mais aussi répétitif, et où il faut avoir une longue vue sur la liste des cartes qui vont sortir et sur les mains de ses adversaires ! A découvrir avant de s’endormir au lieu de compter les moutons (surtout dans la version DUC qui demande un effort d’imagination certain pour visualiser une scène déjà peu banale)… Au final de cette partie découverte, Dom surnage avec 11 bouées, devant Thomas (6), VHS (4) et FR (3).

Table 7, dite « Quand les liqueurs pailletées ne leur feront plus une assez belle nuit dans la gorge, ils allumeront le réchaud à gaz »
…où la table 6 enchaîne avec sobriété sur un trio 100% pur DUC, formé de Qwixx, Qwixx en mode mélangé, et Qwinto, et dont voici les scores:

Dom: 98, FR: 91, Thomas: 88, VHS: 74
Dom: 23, FR: 37, Thomas: 44, VHS: 23
Dom: 21, FR: 41, Thomas: 29, VHS: 38

Table 8, dite « Un jour, on verra deux grandes ailes obscurcir le ciel et il suffira de se laisser étouffer dans l’odeur musquée de partout »
…où Vincent nous fait l’honneur d’une apparition surprise, aussi fugace que nocturne. Il s’assit à une table de Splendor garnie également de Baptiste et Nicolas-Neox, mais repart battu avec 9, devancé par le trésorier (13), qui finit à deux louis du vainqueur.

Table 9, dite « Belles nuits d’août, adorables crépuscules marins, nous nous moquons de vous ! »
…où en fin de soirée quelques survivants, qui n’avaient pas école le mercredi, ont entamé puis fini un Les piliers de la terre tardif, réunissant Nicolas II, Olivier et Paul. Je mets mon billet sur ce dernier, qui présente bien un profil de serial winner, ceci complètement à l’aveugle et au risque d’être démenti par le forum.

Table 10, dite « Soins des parasites qui entrent dans l’eau ferrugineuse, absorbez-moi si vous pouvez  »
…où la table 4 se reconstitue à Pandémie : Contagion. Un jeu dont l’extension le rend plus du tout coopératif, car tous sont désormais adversaires. Il y aura deux ex-æquo, mais, pour ménager le suspense, vous devrez vous risquer sur le forum pour les découvrir. A vos risques et périls, car ils sont peut-être encore contagieux…

Pandemie : Contagion

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