Après-midi goûter participatif DIMANCHE 17/06/2018 à Servel

C’était un dimanche d’août. Du plus loin de l’oubli, il me revient dans mes souvenirs dormants que, après avoir dépassé les boulevards de ceinture, je m’étais retrouvé dans un quartier perdu. Au coeur d’une forêt, dans un sous-bois, j’avais croisé 878 vikings devenus sauvages, et entendu des histoires de fantômes.

Soudain, croyant entrer dans une villa triste, je me trouvai au café de la jeunesse perdue: moelleux au chocolat, roses des sables, douceurs, thé, café et jus d’orange respiraient le vestiaire de l’enfance. Le livret de famille donnait à voir une jeunesse: en visitant, j’avais croisé de si braves garçons, qui couraient partout entre les fleurs de ruine, et des inconnues.

Tout un cirque y passait: les chiens de printemps agaçaient des chevaux embarqués dans un Turf endiablé, les agents secrets parlaient en nom de code à des rois du domino, les princes vaudous dilapidaient leur pédigree. Ouvrant la paume de sa main, l’ami Martin, de retour de voyage de noces, exhiba furtivement la place de l’étoile comme la promesse d’un futur voyage.

En rentrant de ma ronde de nuit, j’eus un accident nocturne en glissant sur l’herbe des nuits, au coin de la rue des boutiques obscures. Pourtant, on m’avait fourni un plan pour que je ne me perde pas dans le quartier. J’étais en faute, fus arrêté, jugé, condamné. Mais on convint que, pour mes débuts dans la vie, j’étais encore irresponsable. De ce fait, j’obtins la remise de peine qui me permet de tenir ce discours à votre académie.

Après-midi goûter participatif DIMANCHE 15/04/2018 à Servel

Tout homme a son lieu naturel; ni l’orgueil ni la valeur n’en fixent l’altitude: l’enfance décide. Ce dimanche à Servel, il y avait beaucoup d’enfants, des très petits mais aussi de bien plus grands. Et les enfants y avaient pris le pouvoir, lassés d’être pris pour l’idiot de la famille. « Mais si mon petit chéri joue à ce genre de jeux à son âge, qu’est-ce qu’il fera quand il sera grand ? », se demandent les mamans ? Je les vivrai en grandeur nature !, répondent les enfants. Et j’étais bien un enfant, ce monstre que les adultes fabriquent avec leurs regrets.

En me servant du fondant au chocolat, j’avais les mains sales, et après en avoir repris, je crus défaillir, mais évitai la nausée. Je me jetai à corps perdu dans des jeux avec des gens d’un autre âge. Voyez plutôt: seul au milieu des adultes, j’étais un adulte en miniature, et j’avais des jeux adultes; cela sonne faux, déjà, puisque, dans le même instant, je demeurais un enfant.

Entre l’être et le néant, pendant ces quatre heures, je choisis d’être résolument en vie. Pour l’enfant de la ville que j’étais, les jeux étaient mes oiseaux et mes nids, mes bêtes domestiques, mon étable et ma campagne. La ludothèque de tous ces joueurs rassemblés, c’était le monde pris dans un miroir: elle en avait l’épaisseur infinie, la variété, l’imprévisibilité. Cette pile de jeux, pierres levées, droites ou penchées, serrées comme des briques, ou noblement espacées en allées de menhirs, je la rêvais chaque nuit, sentant que la prospérité de notre association en dépendait.

L’idée ne me vint pas qu’on pût jouer pour gagner. On gagne contre ses voisins, et avec Dieu car Dieu ne joue pas aux dés. Je pris le parti de gagner avec Dieu en vue de sauver mes voisins: je voulais des obligés, non pas des joueurs. Sortant de la salle, je pressentais confusément que nous n’avions pour dessein, sous prétexte du jeu, qu’à nous rassembler dans la communion des hommes. Car au final, à quoi bon jouer ? Une fois l’espérance du salut par la victoire rangée au magasin des accessoires, que reste-t-il ? Un homme, fait de tous les hommes, et qui les vaut tous et que vaut n’importe qui.

Après-midi goûter participatif DIMANCHE 18/02/2018 à Servel

C’est un dimanche gris, mais on sort. C’était coché de longue date. Plaisir de la découverte furtive, presque sans quitter son chez soi: on réalise qu’on n’était jamais venu ici. Pourtant, passée l’imposante église, elle se découvre en majesté. Oui, la maison de quartier de Servel se fond dans le paysage, mais elle est résolument contemporaine – en même temps comme ça se dit aujourd’hui. On entre, tout de suite les rires, l’odeur du café chaud, les gâteaux moelleux qui vous font de l’oeil. Il y a des enfants qui courrent, explorent l’espace. C’est grand, moderne, tout neuf – on n’est pas habitué. On joue à s’y perdre, mais bientôt, tout le monde se retrouve dans la grande salle. Il faut deux longues tables pour accueillir toutes les boîtes. Doucement, les tables s’organisent. On découvre de nouveaux jeux, on fait partager les siens. Il y a les figures familières, celles qu’on connaît moins, ceux qui sont venus s’encanailler avec les enfants, un prétexte. La salle est vaste, on n’entend pas trop le bruit, on ne fait pas attention au dehors. Puis soudain, on lève la tête, la salle s’est vidée à moitié. C’est l’heure, on ne va pas finir la partie. Le temps s’est étiré comme une première gorgée de bière qui aurait coulé tout l’après-midi. Maintenant il pleut dehors, on n’avait pas vu. Bien sûr, on reviendra.