{"id":11424,"date":"2022-08-10T19:05:22","date_gmt":"2022-08-10T17:05:22","guid":{"rendered":"https:\/\/parties-civiles-asso.fr\/wordpress\/?p=11424"},"modified":"2022-08-10T20:42:58","modified_gmt":"2022-08-10T18:42:58","slug":"seance-de-mardi-09-08-2022-a-servel","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/parties-civiles-asso.fr\/wordpress\/?p=11424","title":{"rendered":"S\u00e9ance de MARDI 09\/08\/2022 \u00e0 Servel"},"content":{"rendered":"<p>On ne compte plus les articles qui ont \u00e9t\u00e9 \u00e9crits sur ce 9 ao\u00fbt 1942, non plus tous les fantasmes qui en ont d\u00e9coul\u00e9. Sur tous les d\u00e9tails, la photo d\u2019apr\u00e8s-match o\u00f9 on voit des sourires, sur ce qu\u2019il s\u2019est r\u00e9ellement pass\u00e9 pendant, et ensuite, mais aussi sur le contexte d\u2019un Kiev martyr au lendemain du massacre de Babi Yar, fin septembre 1941, le plus grand massacre de la Shoah par balles men\u00e9 par les troupes nazies en Union sovi\u00e9tique (33 000 morts). Ce jour l\u00e0, l\u2019histoire va s\u2019\u00e9crire sur un terrain de football. Celle d\u2019un match qu\u2019il ne fallait pas gagner, mais aussi celle du stade Z\u00e9nith de Kiev, devenu depuis le Start Stadium.<\/p>\n<p>En juin 1941, Hitler d\u00e9clenche l\u2019op\u00e9ration Barbarossa, malgr\u00e9 le trait\u00e9 de non-agression sign\u00e9 deux ans plus t\u00f4t et Kiev\u00a0 tombe, le 19 septembre. Le championnat sovi\u00e9tique a alors vu le jour cinq ans plus t\u00f4t et doit se mettre en attente. D\u00e9j\u00e0, il y a ce monstre sportif : le Dynamo Kiev, son histoire, ce club fond\u00e9 par la police et le NKVD qui commence \u00e0 se faire un nom alors que ses joueurs sont appel\u00e9s \u00e0 prendre les armes pour d\u00e9fendre l\u2019Ukraine. Ce pays \u00ab\u2009<i>laboratoire de souffrance de Staline<\/i>\u2009\u00bb comme l\u2019explique l\u2019\u00e9crivain Pierre-Louis Basse, auteur de <i>Gagner \u00e0 en mourir<\/i> (2012), consacr\u00e9 au <i>Match de la mort<\/i>. Il poursuit : \u00ab\u2009<i>Le sentiment \u00e9tait alors assez bizarre \u00e0 ce moment-l\u00e0 car l\u2019arriv\u00e9e des troupes allemandes a \u00e9t\u00e9 per\u00e7ue comme une respiration pour les habitants de Kiev. C\u2019est d\u2019ailleurs une erreur majeure de Hitler car cette r\u00e9gion, au d\u00e9part, \u00e9tait assez acquise aux SS.<\/i>\u2009\u00bb Au final, l\u2019op\u00e9ration Barbarossa conduira \u00e0 la capture de centaines de milliers de prisonniers sovi\u00e9tiques avant la remise en libert\u00e9 de ceux consid\u00e9r\u00e9s \u00ab\u2009<i>inoffensifs<\/i>\u2009\u00bb dont d\u2019anciens joueurs du Dynamo comme le gardien Nikolai Trusevich.<\/p>\n<p>Le Dynamo Kiev n\u2019existe plus. Trusevich et ses potes errent dans les rues de Kiev, cherchent \u00e0 manger et \u00e0 tuer le temps jusqu\u2019\u00e0 ce que l\u2019ancien gardien tombe sur Jozef Kordik, un Tch\u00e8que consid\u00e9r\u00e9 par les Nazis comme un \u00e9tranger d\u2019origine allemande, au point d\u2019\u00eatre nomm\u00e9 directeur d\u2019une boulangerie de la ville. Il y engagera Nikolai Trusevich. L\u2019histoire s\u2019\u00e9crit ainsi : les mois passent, l\u2019id\u00e9e d\u2019un club de foot se forme et Trusevich file retrouver ses anciens co\u00e9quipiers de l\u2019\u00e9poque pour mettre en place le FC Start. Le groupe se compose alors de huit anciens joueurs du Dynamo et trois du Lokomotiv Kiev et prend les couleurs qu&rsquo;il trouve, celles de l\u2019\u00e9quipe nationale sovi\u00e9tique : short blanc, maillot rouge,\u00a0 chaussettes rouges. Trusevich dira : \u00ab\u2009<i>Les Fascistes devraient savoir que cette couleur ne peut \u00eatre vaincue.<\/i>\u00bb. Le FC Start devient vite intouchable. Il ne perdra jamais une rencontre.<\/p>\n<p>Le 6 ao\u00fbt contre la Flakelf, l\u2019\u00e9quipe mont\u00e9e par la Luftwaffe, l\u2019arm\u00e9e de l\u2019air allemande, malgr\u00e9 les menaces, la bande \u00e0 Trusevich s\u2019amuse (5-1). Les autorit\u00e9s n\u2019appr\u00e9cient pas, parlent du moral des aviateurs du III<sup>e<\/sup> Reich, mais peu importe. Basse le retranscrit : \u00ab\u2009<i> Une ville qui reprend go\u00fbt \u00e0 une forme de l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 et d\u2019ind\u00e9pendance, de victoire aussi, f\u00fbt-elle avec un ballon, peut tr\u00e8s vite devenir dangereuse pour l\u2019occupant.<\/i>\u2009\u00bb La Flakelf demande alors une revanche qui aura lieu trois jours plus tard. Voil\u00e0 ce qu\u2019on appelle aujourd\u2019hui le <i>Match de la mort<\/i>. Le stade du Z\u00e9nith est sous surveillance alors que Kiev est rempli d\u2019affiches pour annoncer la rencontre du jour. La police est pr\u00e9sente, les troupes allemandes aussi, qui ont rempli de force le stade pour que l\u2019humiliation se fasse sous les yeux de la nation.<\/p>\n<p>L\u2019arbitre de la rencontre, un officier SS, se pr\u00e9sente avant la rencontre dans le vestiaire du FC Start et demande \u00e0 l\u2019adversaire, dans un russe parfait, de saluer avant le coup d&rsquo;envoi \u00e0 \u00ab\u2009<i>notre mani\u00e8re<\/i>\u2009\u00bb, c&rsquo;est-\u00e0-dire en r\u00e9alisant le salut nazi. Le silence est total. Quelques minutes plus tard, le XI de la Flakelf entre, fait le salut nazi alors que le FC Start refuse de s\u2019ex\u00e9cuter. Les joueurs ukrainiens auraient alors cri\u00e9 un \u00ab\u2009<i>Da zdravstvuyet sport<\/i>\u2009\u00bb &#8211; slogan sovi\u00e9tique \u00e0 la gloire du sport &#8211; repris par le stade. La suite ? Des sales coups, de la pression, Trusevich frapp\u00e9 \u00e0 la t\u00eate, la Flakelf qui ouvre le score sur l\u2019action, un arbitre qui ne siffle pas. Mais le FC Start se remet \u00e0 l\u2019endroit pour lancer sa d\u00e9monstration, qui se terminera sur un net 5-3. \u00ab\u2009<i>Une histoire de dribbleurs fous et insouciants, qui avaient pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 la mort \u00e0 un match arrang\u00e9<\/i>\u2009\u00bb , selon Basse, jusqu\u2019\u00e0 repousser une derni\u00e8re pression autoritaire \u00e0 la pause (3-1).<\/p>\n<p>Quelques jours plus tard, les joueurs sont arr\u00eat\u00e9s par la Gestapo. La raison ? Ils seraient membres du NKVD. L\u2019un des joueurs est tortur\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 la mort \u00e0 cause de son statut de membre du Parti communiste. Trusevich, lui, est arr\u00eat\u00e9 le 18 ao\u00fbt dans la boulangerie avec deux co\u00e9quipiers. Les trois hommes seront interrog\u00e9s 23 jours puis envoy\u00e9s au camp de travail de Syrets, \u00e0 Bobi Yar, pr\u00e8s de Kiev, o\u00f9 huit joueurs seront d\u00e9port\u00e9s, et trois ex\u00e9cut\u00e9s en f\u00e9vrier 1943 &#8211; dont Trusevich, qui se serait lev\u00e9 sur un \u00ab\u2009<i>le sport rouge ne mourra jamais<\/i>\u2009\u00bb avant de mourir.<\/p>\n<p>Le premier article dans la presse sovi\u00e9tique consacr\u00e9 \u00e0 l&rsquo;illustre rencontre parait le 17 novembre 1943 dans la <i>Ki\u00efvska pravda<\/i>, puis, en 1944, le journal du front de Transba\u00efkalie\u00a0 publie, sous forme de feuilleton, la nouvelle <i>Dinamovtsy<\/i> qui pr\u00e9sente les joueurs comme h\u00e9ros de la r\u00e9sistance. En transformant les joueurs en personnages de la lutte anti-nazie, l&rsquo;auteur cherchait \u00e0 leur \u00e9pargner d\u2019in\u00e9vitables poursuites pour collaboration, car c&rsquo;est ainsi qu&rsquo;une rencontre sportive pouvait \u00eatre interpr\u00e9t\u00e9e. Le terme <i>Match de la mort<\/i> sera \u00e9voqu\u00e9 une premi\u00e8re fois en 1958 par la propagande sovi\u00e9tique, alors que la rencontre avait au d\u00e9part \u00e9t\u00e9 vue comme une collaboration avec l\u2019occupant.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s la guerre, deux films de 1962, <i>Troisi\u00e8me mi-temps<\/i> et <i>Deux mi-temps en enfer<\/i> consolident ce sc\u00e9nario dans la m\u00e9moire collective des Sovi\u00e9tiques. Le film <i>Match<\/i> d&rsquo;Andre\u00ef Malioukov r\u00e9alis\u00e9 en 2012, qui a re\u00e7u la majorit\u00e9 de son financement du gouvernement russe, ne remet pas en cause l&rsquo;h\u00e9ro\u00efsme des footballeurs, mais se distingue des productions pr\u00e9c\u00e9dentes par la repr\u00e9sentation de la plupart des Ukrainiens comme collaborateurs et sympathisants des nazis. Les Ukrainiens ont r\u00e9agi avec indignation \u00e0 de telles repr\u00e9sentations.<\/p>\n<p>En France, l&rsquo;\u00e9crivain Laurent Binet dans son roman <i>HHhH<\/i> (2010) reprit la l\u00e9gende forg\u00e9e par les Sovi\u00e9tiques, celle de la menace de mort en cas de victoire de l&rsquo;\u00e9quipe sovi\u00e9tique. Depuis, la romantisation a fait son travail et, non, les joueurs n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 ex\u00e9cut\u00e9s d\u00e8s la fin de la rencontre. Reste une statue, pos\u00e9e \u00e0 l\u2019entr\u00e9e du stade Z\u00e9nith en 1971. Et une absence totale d\u2019images. Pourtant, selon les mots de Basse, les Allemands \u00ab\u2009<i>filmaient tout. Y compris leurs crimes de masse. Les derniers moments, en sous-v\u00eatements, des familles condamn\u00e9es. Les pendus, dans les villages, qui faisaient dans l\u2019hiver comme de gros \u00e9pouvantails, pris dans la glace. Les partisans fusill\u00e9s. On peut s\u2019\u00e9tonner qu\u2019ils n\u2019aient pas film\u00e9 le match du 9 ao\u00fbt 1942<\/i>.\u2009\u00bb<\/p>\n<p><img class=\"n3VNCb KAlRDb\" src=\"https:\/\/www.herodote.net\/_image\/match-mort.jpg\" alt=\"9 ao\u00fbt 1942 - Le \u00ab match de la mort \u00bb - Herodote.net\" data-noaft=\"1\" \/><\/p>\n<p>80 ans plus tard, \u00e0 Lannion, une lutte \u00e0 mort se d\u00e9roulait dans le huis clos d&rsquo;une maison de quartier.<\/p>\n<p><strong>Table 1<\/strong>, dite \u00ab Gardiens et prisonniers \u00bb : Xel, Fran\u00e7ois, Yann, Malo, Fred et Xof trouvent en <strong>Room 25 <\/strong>la r\u00e9confortante combinaison d&rsquo;un jeu pas trop long, bon \u00e0 6, et dont on sait expliquer les r\u00e8gles. L&rsquo;aventure tourna court pour les prisonniers, Yann p\u00e9rissant rapidement dans la chambre rouge, pourtant d\u00fbment signal\u00e9e par une balise m\u00e9morielle de Fran\u00e7ois, et Fred, unanimement soup\u00e7onn\u00e9, se fit pousser dans un bain d&rsquo;acide. Pourquoi ne se d\u00e9fendit-il pas de l\u2019opprobre qui l&rsquo;entourait, cela reste un myst\u00e8re de blanche colombe (celle que n&rsquo;atteint pas le prurit du crapaud baveux). Quoi qu&rsquo;il soit, deux prisonniers morts, cela suffit \u00e0 faire gagner Xof et Malo, sur lesquels les doutes s&rsquo;\u00e9paississaient au fil des tours sans qu&rsquo;on devin\u00e2t jamais que, gardiens, ils l&rsquo;\u00e9taient tous les deux.<\/p>\n<p>Les m\u00eames enchainent ensuite sur l\u2019inoffensif <strong>D\u00e9tective Club<\/strong>, qui vit la victoire \u00e9clatante de Malo, beau parleur devant l&rsquo;\u00e9ternel, alors que Fred, ici encore, fut soup\u00e7onn\u00e9 bien plus souvent qu&rsquo;\u00e0 son tour, et sans qu&rsquo;il s&rsquo;en d\u00e9fend\u00eet avec assez de vigueur.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>On ne compte plus les articles qui ont \u00e9t\u00e9 \u00e9crits sur ce 9 ao\u00fbt 1942, non plus tous les fantasmes qui en ont d\u00e9coul\u00e9. 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